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Islamogauchisme et dégonflotrotskisme

À propos d’une brillante analyse fadelamaresque et d’un communiqué du NPA

par Sebastien Fontenelle
9 février 2010

Fadelamara, comme prévu, a fini par réagir à l’insolente candidature d’Ilham Moussaïd, élégamment surnommée la voilée du NPA par la presse en délire.

La secrétaire d’État chargée de la Politique de la Ville a notamment déclaré :

« Je suis très étonnée de la part d’un parti qui se dit, heu, féministe, heu, laïque, d’avoir, heu, dans ses, heu, rangs une femme qui est sur les listes et qui se présente donc, heu, aux régionales ».

C’est

Puis d’ajouter :

« Je suis très étonnée, et puis je me dis que peut-être ce qu’on avait dénoncé à une certaine époque, cette forme d’alliance rouge-brun, heu, d’extrême droite, avec des, heu, des partis extrémixes, heu, si j’puis m’permettre, heu, au nom justement de la lutte contre l’impérialisme américain, eh ben on asseoit, heu, tout simplement, heu, l’oppression, heu des femmes. »

C’est aussi.

Une fois décryptée, cette lumineuse déclaration peut, semble-t-il, s’énoncer comme suit : le foulard que porte Ilham Moussaïd prouve que les gauchixes ont fait alliance avec des fascixes, non seulement pour lutter contre les impérialixes (comme pourrait supputer un(e) spécialiste plus superficiel(le) que n’est Fadelamara des complots hitléro-trotskixes), mais de surcroît, et en réalité, pour en finir avec les féminixes.

C’est, grosso merdo, la thèse que défendent aussi les sommitaux éditocrates qui n’ont de cesse, depuis maintenant mainte année, que de hurler au péril islamo-gauchixe (comme d’autres firent en d’autres temps au judéo-bolchevixe), suivant la recette, lorsque vient le moment de fonder ce hurlement sur autre chose que des amalgames, qui permet également d’affirmer que la Terre est plate, mâme Dupont, et que la preuve en est que la Terre est plate, mâme Dupont.

Si Fadelamara regardait ce qui se passe dans la vraie vie (plutôt que dans les recoins où se forgent les dogmes réactionnaires) : elle observerait sans doute –le moyen de faire autrement – que, pour ce qui serait de la concordance des phobies, les tarés qui ont profané lundi la grande mosquée de Saint-Étienne ont assurément plus de points communs avec la droite régimaire qui l’émolume qu’avec le NPA, puisque aussi bien lorsqu’ils tracent « le mot Musulmans barré d’une croix » ils ne font qu’exprimer, avec leur (tout) petit lexique, le même souci qu’un Sarkozy déplorant le « trop grand nombre de musulmans présents en Europe » – de la même façon que lorsqu’ils tracent des inscriptions injurieuses comme « La France aux Français » ou « Pas d’Arabes ici », ils disent à peu près la même chose, mais avec moins de délicatesse encore, qu’André Valentin, maire UMP de Gussainville, déclarant qu’« il est temps qu’on réagisse, parce qu’on va se faire bouffer ».

Ceci posé (et tout particulièrement à l’heure où les consanguins se lâchent, comprenant (le moyen, là encore, de l’ignorer) que leurs sales peurs sont les mêmes que celles que flattent et cultivent les fomenteurs d’Identité nationale), il convient aussi, et surtout, de pointer que les big bosses du NPA, expliquant lundi que la candidature d’Ilham Moussaïd ne peut pas « faire office de position pour l’ensemble du parti », donnent très (très) fort l’impression, quant à eux, d’avoir cédé un peu vite aux intimidations du Figaro et d’Aurélie Filipetti [1] : je ne suis pas sûr d’avoir complètement compris, nonobstant que Laurent Lévy a mieux cerné la question, ce qu’est l’islamogauchisme, mais j’ai l’impression que nous avons là quelque chose comme un dégonflo-trotskisme.

P.-S.

Ce texte est paru initialement surl le blog Vive le feu. Nous le reproduisons avec l’amicale autorisation de son auteur.

Notes

[1] Invitée à l’émission Dimanche+ sur Canal+, la sénatrice socialiste a déclaré : « C’est juste n’importe quoi ce que fait le NPA, ils sont dans une dérive idéologique totale. Peut-être qu’ils devraient relire Marx : la religion c’est l’opium du peuple ». Une fois relu le texte de Marx en question (l’Introduction à la Contribution à la critique de la philosophie du droit de Hegel), il ressort qu’Aurélie Filippetti n’a strictement rien compris (si toutefois elle l’a lue) à l’analyse marxiste de la religion : en effet, Marx valorise dans ce texte la religion en tant qu’ « expression de la misère réelle » et « protestation contre la misère réelle », il la qualifie également de « soupir de la créature opprimée » et d’ « âme d’un monde sans coeur », et c’est précisément contre les antireligieux à la Filippetti que le texte est essentiellement dirigé : ceux qui s’en prennent à l’opium (ou pire encore : aux opiomanes) au lieu de s’en prendre « au monde qui rend l’opium nécessaire ». La critique antireligieuse, conclut Marx, doit se transformer en « critique de la vallée de larmes dont la religion est l’auréole ». [Remarque du Collectif Les mots sont importants.]