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Dialogue presque imaginaire entre Aurélie Filippetti et son double

Il n’y a que les losers qui ne changent pas d’avis

par Collectif Les mots sont importants
18 mai 2012

Il était une fois une jeune militante des Verts, nommée Aurélie Filippetti. Il était une autre fois, un peu plus tard, une encore jeune ministre de la culture socialiste, nommée, elle aussi, Aurélie Filippetti...

Il était aussi une fois (c’était en 2004) une loi d’exception ciblant les élèves portant le voile et leur interdisant l’accès à l’école – et il était une fois une pétition contre cette loi d’exception, que l’écologiste Aurélie Filippetti fut l’une des toutes premières personnalités politiques à signer (dès le printemps 2003).

Il était une fois, enfin, une nouvelle loi d’exception, ciblant cette fois-ci un voile encore plus voilant (le voile dit intégral) et pénalisant par conséquent les femmes qui le portent d’une pénalité encore plus pénalisante (en leur interdisant l’accès à tout espace public, y compris la rue) – et il était une fois une tribune appelant à voter cette nouvelle loi d’exception, signée par le très droitier Manuel Valls (celui qui trouve qu’il n’y a "pas assez de white et de blancos" dans sa bonne ville d’Evry) et par... Aurélie Filippetti !

La socialiste, pas l’écologiste. Vous suivez ?

En clair : nous vous offrons ci dessous une petite leçon d’opportunisme, sous la forme d’un dialogue entre Doctor Aurélyll et Sister Fylyppettyde. L’écologiste débonnaire de 2003 y affronte, avec des arguments fort pertinents, la patibulaire éradicatrice socialiste, millésime 2010.

Dernière précision : rien n’est inventé. Chaque personnage ne s’exprime que par citations, extraites de tribunes publiées dans Libération, respectivement en 2003 et 2010 :

- Une pétition intitulée Oui à la laïcité, non aux lois d’exception (et rebaptisée par Libération Oui au foulard à l’école laïque), signée par Aurélie Filippetti.

- Une tribune intitulée Bannir par la loi le voile intégral dans l’espace public, signée par Aurélie Filippetti.

Filippetti 2010 :

Le débat autour de la burqa – même s’il ne concerne que 500, 1000 ou 2000 femmes – doit aller jusqu’au bout. Il est au cœur de ce que la République peut tolérer ou non.

Aurélie 2003 :

Nous refusons les fantasmes, les amalgames et l’enfermement dans un faux débat qui encourage toutes les divisions et tous les affrontements identitaires (entre "la France" et "les immigrés", entre "la République" et "l’Islam", ou encore entre les diverses confessions), alors que les principaux problèmes sont socio-économiques et politiques : libéralisation de l’économie, chômage de masse, précarisation des salariés, extension du contrôle social et des logiques sécuritaires, permanence des discriminations racistes et de l’inégalité sociale entre hommes et femmes…

Filippetti 2010 :

Il faut bannir la burqa de l’espace public. Ne pas s’en remettre à la politique de l’autruche, être attentif aux aspirations des musulmans de France tout en fixant des limites claires à ce qui peut se faire ou pas dans la République, c’est le meilleur moyen de renforcer l’islam de France et de faire reculer le fondamentalisme.

Aurélie 2003 :

Le foulard recouvre des réalités diverses, et nous avons des appréciations diverses, voire divergentes, de sa signification ; mais dans tous les cas (que le foulard soit imposé aux jeunes filles ou qu’il résulte d’un choix), l’exclusion est la pire des solutions.

Filippetti 2010 :

La burqa est une atteinte à la dignité humaine (...) Une femme dont on ne peut lire les expressions du visage perd de son humanité. Une femme qui se voit interdire le port de certains vêtements perd, aussi, de sa liberté. (...) Pour toutes ces raisons, nous sommes favorables au bannissement de ce vêtement dans l’espace public et ses services (mairies, écoles, préfectures, sécurité sociale) et sur l’ensemble de la voie publique.

Aurélie 2003 :

Nous n’oublions pas l’égalité des sexes, bien au contraire, mais que le foulard soit l’objet d’un choix ou qu’il soit imposé, on ne peut pas considérer la jeune fille voilée comme coupable, et ce n’est en aucun cas à elle de "payer" !

Filipetti 2010 :

Il ne faut pas se réfugier derrière la peur de la stigmatisation ou les éventuelles complexités d’application juridique.

Aurélie 2003 :

Nous refusons la focalisation sur le foulard islamique parce qu’elle s’inscrit dans un mouvement d’ensemble qu’il est urgent d’enrayer : la colonisation de tous les espaces de la vie sociale par des logiques punitives.

Filipetti 2010 :

Il faut bannir par la loi le voile intégral dans l’espace public.

Aurélie 2003 :

Oui à la laïcité, non aux lois d’exception !

Et tandis qu’elle prononce ces mots, Aurélie 2003 pense très fort :

"Purée, ces socialistes, ce sont vraiment des enfoirés !"