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Les Roms ont-ils vocation à prendre le bus ?

Chronique de l’abjection quotidienne

par Faysal Riad
23 mars 2014

Mercredi 19 mars 2014, vers 15 heures, dans la gare routière de la Courneuve, je fus témoin d’une discrimination raciste explicite et totalement décomplexée.

Le conducteur de la ligne Veolia numéro 610 reliant La Courneuve à Sevran refusa clairement et simplement à un jeune homme et une personne âgée l’accès au bus. Le jeune homme protesta timidement en montrant les titres de transport qu’il s’apprêtait à composter, mais en vain :

« Je ne prends pas de Roms dans mon bus »
déclara fièrement le conducteur.

Très apeurées, honteuses, les deux personnes discriminées firent demi-tour. Lorsque je me mis à protester auprès du conducteur en parlant de plaintes et de poursuites, elles me prièrent d’arrêter visiblement effrayées par la perspective de voir cet événement peut-être banal pour elles, mais ô combien choquant pour moi, prendre des proportions qu’elles ne souhaitaient pas lui donner.

Il s’agit d’une discrimination raciste explicite, l’accès au bus – à un service public donc (la responsabilité de l’Etat – en principe antiraciste – est engagée même s’il s’agit d’une entreprise privée) ayant été refusé uniquement sur des critères physiques. Qu’il s’agisse là d’une conséquence de la stigmatisation des Roms assumée par plusieurs hauts responsables politiques français est une évidence. Les propos infamants de plus en plus banalisés tenus sur cette population autorisent implicitement, excusent par avance, voire encouragent purement et simplement de tels actes abjects, illégaux et absolument inacceptables.

P.-S.

Ce texte est paru initialement sur le site de La voix des Rroms. Nous le reprenons avec l’amicale autorisation de l’auteur.

Note de la La Voix des Rroms :

Ce récit ne relate pas de faits exceptionnels. C’est malheureusement un comportement assez courant, chez les conducteurs de bus comme chez d’autres professionnels. Il nous rappelle d’une part l’histoire de Rosa Parks, cette femme noire qui dans l’Amérique ségrégationniste, le 1er décembre 1955 refusa de céder sa place dans le bus à un homme blanc. Il nous pousse aussi à nous interroger : s’il est inacceptable de caillasser des bus, comme cela arrive parfois, l’est-il plus de se laisser traiter pire qu’un chien ? Certainement pas. Ainsi, si à l’avenir vous êtes témoin de ce genre de comportement et que cela vous est possible, merci de prendre un numéro de téléphone où la victime de discrimination peut être jointe et de nous le communiquer.

Sur ce sujet, lire aussi l’enquête de Carine Fouteau sur le site Mediapart.