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Les trente-cinq heures, non ! L’eau ferrugineuse, oui !

Quand Nicolas Baverez parle vrai

par Sebastien Fontenelle
7 décembre 2009

Le texte qui suit est extrait du livre collectif Les éditocrates, publié par Mona Chollet, Olivier Cyran, Sébastien Fontenelle et Mathias Reymond aux Éditions La Découverte, que nous recommandons vivement.

Dans un billet d’octobre 2003, Nicolas Baverez énumère « sept bonnes raisons de sortir au plus vite des 35 heures » [1] après cinq ans de règne d’un socialisme de gouvernement très modérément dirigiste (où l’on aura, on l’a dit, beaucoup privatisé et dont le chef, Lionel Jospin, succombant à une crise de baverézite aigüe, aura concédé aux marchés que « l’État ne peut pas tout »), mais que l’économiste compare implicitement, sans ciller, à celui du maréchal Pétain :

« Les Français, sous le choc du déclin des années 1930, de la débâcle et de l’Occupation, ont travaillé entre 48 et 58 heures de 1945 à 1960 pour reconstruire leur pays, en acceptant de remiser la loi des 40 heures : ils doivent en faire de même avec les 35 heures pour compter parmi les puissances économiques du XXIe siècle. »

Parmi les sept raisons qui d’après lui justifieraient que l’on renonçât immédiatement aux 35 heures, mais aussi que l’on revînt même aux 58 heures hebdomadaires de l’immédiat après-guerre, Nicolas Baverez compte leur « impact social » : celui-ci serait négatif, voire franchement effroyable, puisque...

...« plusieurs études médicales [2] montrent que le temps libre dégagé par les 35 heures a pu encourager la recrudescence de certains fléaux sociaux (alcoolisme, violence…) ».

Trois jours auparavant, l’économiste-historien s’était montré plus net encore dans son appréhension de ces pathologies :

« la réduction du temps de travail est appréciable pour aller dans le Lubéron, mais pour les couches les plus modestes [3], le temps libre, c’est l’alcoolisme, le développement de la violence, la délinquance ». [4]

Le mépris de classe peut mettre, certaines fois, un peu de temps à s’imposer pour ce qu’il est. D’autres fois, non. Mais qu’on se rassure, dans le petit monde des « faiseurs d’opinion », patrons de presse, d’instituts de sondages ou de maisons d’édition, nul n’a tenu rigueur à Nicolas Baverez de cette râpeuse déclaration. Nul ne lui en a voulu d’avoir dit tout haut ce que chacun d’entre eux pense tout bas. Il a toujours sa place au sein du club fermé des éditorialistes mainstream, ces fabricants du consentement, qui savent si bien ce dont le (petit) peuple a besoin. Après avoir craché son venin, il continue à lancer, de ses chaires de presse, de permanents appels à plus de « réforme(s) ».

P.-S.

Ce texte est extrait du livre collectif Les éditocrates, publié par Mona Chollet, Olivier Cyran, Sébastien Fontenelle et Mathias Reymond aux Éditions La Découverte, que nous recommandons vivement.

Notes

[1] Le Point, 10 octobre 2003.

[2] Dont Baverez omet malheureusement de fournir les références précises.

[3] Celles qui, donc, ne vont jamais dans le Lubéron.

[4] 20 Minutes, 7 octobre 2003.