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Lambert Papon et les maîtres censeurs

Qui est le vrai criminel : celui qui combat les rafles ou celui qui les ordonne ?

par Collectif contre la xénophobie
17 février 2012

Quand un racisme est systémique, et quand un gouvernement a fait de la défense de ce racisme systémique une priorité politique, cela ne se traduit pas seulement par l’impunité du racisme et des racistes, mais aussi par la persécution des antiracistes. En quelques semaines nous avons en effet assisté à l’acquittement de deux « ratonneurs », à une reprise quasi-littérale et quasi-impunie [1] du credo lepéniste sur l’inégalité des races par le ministre de l’Intérieur en personne, puis à la convocation en vue de sanctions du député Serge Letchimy au motif qu’il avait osé relier les propos du ministre raciste à ses corrélats historiques (esclavage, colonisation, camps de concentration). Quatre militants de Tours ont également dû comparaître pour diffamation publique contre l’autorité préfectorale, pour avoir osé comparer la chasse aux sans-papiers aux rafles de Vichy. Cette sinistre série se poursuit ce vendredi, au Tribunal de Grande Instance de Paris à 13H30, avec le procès intenté par la préfecture de Paris contre Michel Sitbon, poursuivi lui aussi pour avoir dénoncé une politique raciste, celle des rafles contre les roms, en osant, comme Serge Letchimy et comme les quatre de Tours, évoquer les heures maudites du régime de Vichy. Avec une telle police du langage, les Lambert-Papon et les Guéant-Bousquet ont de belles heures devant eux...

Vendredi 17 février, à partir de 13h30, se tiendra, à la 17ème chambre correctionnelle de Paris, un procès intenté par le ministère de l’intérieur contre une publication du blog du Collectif contre la xénophobie datant du 26 octobre 2010, intitulée : « La chasse à l’homme en Seine-Saint-Denis », et son auteur Michel Sitbon. Ci-dessous le texte incriminé :

« Le Préfet Lambert, véritable Papon de notre temps, poursuit la chasse aux roms en Seine-Saint-Denis. Hier, c’était la police de Montreuil qui chassait dans les rues la trentaine de roms sur le trottoir depuis trois semaines. Pourchassés sans fin, sans un lieu pour se poser. Ils ont finalement été accueillis dans le local associatif de Télé-Liberté, Paris XXème, quand les flics du Préfet Gaudin, prenant le relai de ceux de Lambert, poursuivaient la chasse perpétuelle… Aujourd’hui, c’est à Bondy que Lambert-Papon continue sa sale besogne, appliquant son programme ultra-raciste : “pas un rom en Seine-Saint-Denis”. Sarkozy, Hortefeux, Lambert : il faut traîner ces hommes-là devant un nouveau Nuremberg. Vive la grève générale. À bas l’État raciste.

Urgent : camp de rroms de Bondy évacué mardi 26 octobre : Des centaines de policiers interviennent ce matin sur le camp de rroms de Bondy. Ce camp est un énorme camp, des centaines de rroms sont concernés !!! Le camp se trouve à Pont de Bondy (RER E – Tram 1). »

Rappelons le contexte dans lequel prennent place ces faits : suite au fameux discours de Grenoble, où le président annonçait, entre autre programme sécuritaire, le démantèlement des terrains occupés par des rroms, la police harcèle plus ouvertement que jamais la population rrom.

En Seine-Denis, Christian Lambert, ancien policier, est aussitôt nommé préfet pour orchestrer le programme. A Montreuil, nous avons été témoins directs de cette chasse à l’homme, au point d’avoir dû ouvrir la porte du local de l’association Télé liberté, dans le 20ème arrondissement (local prêté par Michel Sitbon), à une trentaine de personnes à la rue chassées des trottoirs de Montreuil par la police.

Un mois après le discours de Grenoble, Brice Hortefeux pouvait annoncer que 128 camps illicites avaient été démantelés et que près de 1000 Roms avaient été renvoyés en Roumanie.

Le ministère de l’intérieur porte plainte pour diffamation ou injure, une habitude prise par Hortefeux, dès lors que les actions de la police actuelle sont dénoncées et parce qu’elles rappellent les crimes d’hier, trop tardivement dénoncés, eux. Depuis, on a cru que la liberté d’expression et la critique du gouvernement était possible et souhaitable pour une « démocratie ». Mais cela n’empêche pas le ministère de l’intérieur de multiplier ses plaintes contre les citoyens vigilants – contre la société civile ! Il utilise la justice pour établir son pouvoir, restreignant ainsi, de fait, la liberté d’expression des membres d’associations, de collectifs, comme d’artistes ou de citoyens indignés, de quiconque les dénoncerait…

P.-S.

Rendez-vous vendredi 17 février 2012 à 13h30 à la 17ème chambre du Tribunal de Grande Instance de Paris

4, Boulevard du Palais à Paris

(métros Saint Michel ou Châtelet)

Pour défendre la liberté de critiquer la politique du gouvernement, dénoncer les « crimes de bureaux », pour la libre installation et circulation de tous.

Ce texte est rédigé par le Collectif contre la xénophobie, son titre est rajouté par le Collectif Les mots sont importants.

Notes

[1] Il y a bien eu un tollé, mais aucune sanction au sens propre, venant d’au-dessus de lui : ni limogeage, ni démission forcée, ni même un quelconque désaveu - le président Sarkozy en personne l’a même explicitement soutenu.