L’argument de la « praticité » peut également prendre la forme de la défense de l’intérêt social de l’IAg. En ce qui concerne le milieu éducatif en particulier, l’argument est le suivant : ces technologies, parce qu’elles offriraient un accès égal à la connaissance ou, mieux, à un « prof virtuel » personnalisé, seraient au service de l’inclusion et de la réduction des inégalités sociales à l’école. Cet argument est fallacieux pour au moins 3 raisons.
Cet argument procède d’une forme de « solutionnisme technologique », voire de mythe : compter sur la technologie pour régler des problèmes structurels (les inégalités, les discriminations, etc.) risque d’une part de les naturaliser et d’autre part de masquer la nécessité de mettre en place des mesures pour les traiter à la source. Pour revenir à l’école, il ne fait aucun doute que les inégalités face aux devoirs ou l’inclusion des apprenant·es en situation de handicap nécessite avant tout des moyens humains et matériels (des enseignant·es disponibles et formé·es, des locaux adaptés, etc.) et que l’IAg ne pourra jamais faire figure que de pis-aller face à ces problématiques.
Cette vision relève du même fantasme qui a pu exister aux débuts d’Internet et du web et qui ressurgit régulièrement depuis : le numérique favoriserait la démocratie, renforcerait le lien social, faciliterait l’accès à la connaissance, permettrait de personnaliser les expériences, etc. Dans le domaine du numérique et de l’éducation, cette illusion n’a eu de cesse d’être démentie ; cet argument est donc dans la lignée d’une longue tradition de promesses non tenues. De plus, dans le cas spécifique de l’IAg, on peut douter du fait que le bien commun puisse aisément émerger de son usage massif quand on connait les projets politiques et les idéologies – assumés – des entreprises développant ces technologies, qui sont à rebours de ces attentes de retombées émancipatrices.
Les inégalités sociales surdéterminent les effets des technologies. Autrement dit, les plus privilégiés disposent toujours des conditions qui leur permettent d’en tirer des bénéfices supérieurs. Par exemple, le manque d’entraînement à l’écriture induit par l’usage des IAg pénalise plus lourdement les élèves qui n’ont d’autres lieux que l’école pour l’exercer.


