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Pour l’accueil des migrant-e-s

Un manifeste lancé par Politis, Mediapart et Regards


29 septembre 2018

La semaine dernière est parue, à l’initiative de Politis, Regards et Mediapart, un appel « Pour l’accueil des migrants », signé par le collectif Les mots sont importants, que nous relayons ici. Il nous est en effet apparu salutaire de rappeler que l’accueil des migrant-e-s est à la fois un impératif moral et une nécessité politique, mais aussi une obligation légale, au regard de traités internationaux. Rappeler ces évidences est – malheureusement – devenu nécessaire à l’heure où se répète un peu partout, même à gauche, que l’anti-racisme et le soutien aux migrant-e-s relèveraient du mépris de classe, et qu’il faudrait se taire quand certains chefs de partis, français et allemands particulièrement, veulent faire passer leur nationalisme et leur xénophobie pour une défense du prolétariat. Parce que ledit prolétariat n’est pas, ou pas seulement, français et blanc, pas plus qu’il n’est exclusivement masculin, l’affection récente de certains commentateurs « de gauche » pour les « petits blancs qui votent FN » (ou Trump) et leur mépris du combat antiraciste nous écoeurent. Enfin, il nous parait nécessaire de rappeler, inlassablement, que parler d’un « problème de l’immigration », même au nom du peuple, constitue déjà une dérive – qu’il faut bien continuer à appeler la lepénisation des esprits. A la suite de cet appel, nous (re)publions ce week end une série de textes rappelant également que l’immigration n’est pas la meilleure alliée du capitalisme et que celui-ci, au contraire, ne cesse de se nourrir du racisme, comme du sexisme, et de les alimenter.

Partout en Europe, l’extrême droite progresse. La passion de l’égalité est supplantée par l’obsession de l’identité. La peur de ne plus être chez soi l’emporte sur la possibilité de vivre ensemble. L’ordre et l’autorité écrasent la responsabilité et le partage. Le chacun pour soi prime sur l’esprit public.

Le temps des boucs émissaires est de retour. Oubliées au point d’être invisibles, la frénésie de la financiarisation, la ronde incessante des marchandises, la spirale des inégalités, des discriminations et de la précarité. En dépit des chiffres réels, la cause de nos malheurs serait, nous affirme-t-on, dans la « pression migratoire ». De là à dire que, pour éradiquer le mal-être, il suffit de tarir les flux migratoires, le chemin n’est pas long et beaucoup trop s’y engagent.

Nous ne l’acceptons pas. Les racines des maux contemporains ne sont pas dans le déplacement des êtres humains, mais dans le règne illimité de la concurrence et de la gouvernance, dans le primat de la finance et dans la surdité des technocraties. Ce n’est pas la main-d’œuvre immigrée qui pèse sur la masse salariale, mais la règle de plus en plus universelle de la compétitivité, de la rentabilité, de la précarité.

Il est illusoire de penser que l’on va pouvoir contenir et a fortiori interrompre les flux migratoires. À vouloir le faire, on finit toujours par être contraint au pire. La régulation devient contrôle policier accru, la frontière se fait mur. Or la clôture produit, inéluctablement, de la violence… et l’inflation de clandestins démunis et corvéables à merci. Dans la mondialisation telle qu’elle se fait, les capitaux et les marchandises se déplacent sans contrôle et sans contraintes ; les êtres humains ne le peuvent pas. Le libre mouvement des hommes n’est pas le credo du capital, ancien comme moderne.

Dans les décennies qui viennent, les migrations s’étendront, volontaires ou contraintes. Elles toucheront nos rivages, et notre propre pays, comme aujourd’hui, aura ses expatriés. Les réfugiés poussés par les guerres et les catastrophes climatiques seront plus nombreux. Que va-t-on faire ? Continuer de fermer les frontières et laisser les plus pauvres accueillir les très pauvres ? C’est indigne moralement et stupide rationnellement. Politique de l’autruche… Après nous le déluge ? Mais le déluge sera bien pour nous tous !

Il ne faut faire aucune concession à ces idées, que l’extrême droite a imposées, que la droite a trop souvent ralliées et qui tentent même une partie de la gauche. Nous, intellectuels, créateurs, militants associatifs, syndicalistes et citoyens avant tout, affirmons que nous ne courberons pas la tête. Nous ne composerons pas avec le fonds de commerce de l’extrême droite. La migration n’est un mal que dans les sociétés qui tournent le dos au partage. La liberté de circulation et l’égalité des droits sociaux pour les immigrés présents dans les pays d’accueil sont des droits fondamentaux de l’humanité.

Nous ne ferons pas à l’extrême droite le cadeau de laisser croire qu’elle pose de bonnes questions. Nous rejetons ses questions, en même temps que ses réponses.

P.-S.

Signez et faites signer la pétition.