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Prison

par Laurent Lévy
31 juillet 2007

L’histoire se passe au début des années 90 du vingtième siècle, dans un petit tribunal de province…

Un homme, Philippe M., était poursuivi pour une affaire de mœurs ; précisément sous la prévention de « provocation de mineur à la débauche ». Il affichait fièrement son homosexualité. J’étais commis d’office à sa défense.

Juger est un acte difficile, et il ne m’appartient pas ici de dire quelle peine aurait été « juste », compte tenu des faits de cette affaire, ni même si prononcer une condamnation avait simplement un sens.

Le Ministère public est libre de ses réquisitions. Le tribunal est libre de les suivre ou de ne pas les suivre.

Le procureur de la République, Bruno G., était connu au Palais pour son tempérament maniaco-répressif. Il avait choisi – et si cela me semblait très excessif, cela était parfaitement son droit – de requérir une peine d’emprisonnement ferme.

Mais rien ne l’obligeait à ponctuer cette demande de la phrase suivante, prononcée avec un sourire appuyé :

« Cela vous permettra d’aller exercer vos talents à la maison d’arrêt. »

Je n’ai jamais plus serré la main de cet homme. Mais lorsque, le lendemain, dans le bureau d’un juge d’instruction, il a demandé l’incarcération préventive d’un jeune consommateur de stupéfiants, âgé de dix-sept ans à peine, je me suis borné à dire que la seule motivation que je pouvais imaginer à cette demande était ce qu’il avait, la veille, dit à mon client Philippe M.

A chaque fois que j’entends quelqu’un parler de la prison d’un air indifférent, cette histoire me revient en mémoire.