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Bauer et Raufer, marchands de peur

L’imposture criminologique : étude d’un cas d’espèce

par Laurent Mucchielli
18 mars 2012

Alors que l’Etat sarkozyste vient d’imposer, sous la houlette du trouble Alain Bauer, et contre un monde universitaire unanime, la création d’un département de criminologie au Conseil national des universités (CNU), il nous parait important de revenir sur le parti-pris idéologique très particulier de cette pseudo-science, sur la personnalité plus particulière encore de ses promoteurs les plus actifs, et en premier lieu sur le terrifiant Alain Bauer. Le texte qui suit revient sur l’un des moments-clé de sa carrière : la publication aux Presses Universitaire de France, il y a dix ans, d’un Que sais-je ? co-signé avec un autre aventurier en cours de reconversion professionnelle, le militant d’extrême droite Xavier Raufer.

Avec ce petit livre publié dans une collection bien connue, MM. Bauer et Raufer (respectivement PDG d’une société privée de "conseil en sûreté urbaine" et journaliste) affichent une grande ambition :

"il manquait à l’opinion, aux médias, à la classe politique un document concret, clair, bref, un livre qui allierait à la description froide de la situation, la présentation détaillée des méthodes efficaces pour tenter de maîtriser les violences urbaines" (p. 6).

Mais en réalité leur propos a aussi des visées politiques puisqu’il s’agit de réaliser une prise de conscience face à de nombreuses années d’ "aveuglement idéologique" et de "pieuses intentions", les auteurs désignant par là les politiques de prévention mises en œuvre depuis 1982 à l’initiative de la gauche (p. 4-5). Or, ce serait précisément depuis ce moment que la situation se serait dramatiquement aggravée : extension géographique de la violence, précocité, récidive et violence accrues des délinquants (p. 4). Enfin, cette aggravation générale serait à relier à l’immigration (p. 5, 30).

D’emblée, on comprend que ce livre a beau présenter une façade universitaire, il est écrit avec des arrières-pensées politiques [1].

Les enjeux généraux posés, reste à évaluer l’expertise dont se réclament les auteurs, notamment l’expertise statistique :

"le diagnostic précis et étayé que nous proposons ci-après s’appuie sur l’observation clinique de centaines de données vérifiées et minutieusement recoupées [qu’est-ce qu’une observation clinique de statistiques ?]. Ces données proviennent elles-mêmes de sources multiples (instances de répression, ministères divers, centres de recherche universitaires, régions et municipalités, sociétés d’assurance, etc.), de façon à ce qu’elles se corrigent et se complètent les unes les autres" (p. 6-7).

D’emblée, on peut dire que cette phrase constitue une grossière erreur méthodologique. Des sources aussi différentes ne sauraient en aucun cas "se corriger et se compléter les unes les autres" pour la raison qu’elles ne procèdent pas des mêmes bases ni des mêmes modes de calculs. Ce que trahit sans doute un tel raisonnement, c’est le fait que les auteurs n’hésiteront pas à piocher ici ou là, dans des statistiques de provenances variées, les chiffres qui sembleront le plus justifier les interprétations qu’ils veulent faire passer auprès du lecteur. De fait, c’est bien ce qui se produit tout au long du livre. Voici quelques exemples.

Dès la première affirmation du livre, on est interloqué :

"toutes les données disponibles montrent que, depuis 1982, la criminalité s’est enracinée dans plusieurs centaines de quartiers urbains et périurbains de la France métropolitaine. Des zones où, souvent sans partage, règnent des délinquants toujours plus jeunes, toujours plus violents et toujours plus récidivistes " (p. 4).

En effet, les seules "données disponibles" sur la délinquance, de façon constante et durant cette période, sont les statistiques de police et de justice.

Or, primo, ces données ne montrent pas de rupture de tendance en 1982. Ainsi que chacun peut le lire dans le recueil de statistiques publié chaque année par le ministère de l’intérieur, la courbe des faits constatés indique une forte poussée durant les années 70 et jusqu’en 1984, puis une baisse entre 1984 et 1988, et de nouveau une hausse à partir de 1988. Dès lors, pourquoi donc écrire qu’un changement massif a lieu en 1982, sinon peut-être pour laisser entendre que ce changement négatif est du à l’arrivée de la gauche au pouvoir... ?

Secundo, ces statistiques ne permettent pas de dire que les délinquants sont "toujours plus jeunes". Elles distinguent les majeurs des mineurs, c’est tout. Et si la part des mineurs dans la délinquance enregistrée augmente, c’est seulement depuis... 1993, et non de 1982. Quant à savoir, tertio, si ces mineurs sont "toujours plus violents", il faudrait pour cela regarder le détail de cette hausse de la part des mineurs, infraction par infraction [2].

Or, ce qu’un tel examen montre, c’est que les plus fortes hausses concernent la plupart des vols, l’usage, l’usage/revente et le trafic de drogue (on rappellera qu’il s’agit essentiellement de cannabis), les destructions et dégradations de biens privés et surtout publics, les outrages et violences à agents de la force publique et le port et la détention d’armes prohibés. Dans la mesure où il s’agit d’infractions dont la découverte s’effectue le plus souvent en flagrant délit sur la voie publique, on pourrait surtout faire l’hypothèse que cette augmentation toute récente est due non pas à un changement soudain dans les comportements des jeunes, mais plutôt à une répression accrue de ces comportements par la police.

Certes, les homicides, coups et blessures volontaires ainsi que les viols augmentent également en chiffres bruts, mais cette augmentation n’est pas spécifique aux mineurs : elle a lieu également chez les majeurs. Dès lors, il est bien difficile d’étayer l’idée de délinquants "toujours plus jeunes et toujours plus violents". On sait que ce thème constitue le fond de commerce de la presse à sensation ("Le chef de la bande avait 12 ans !", etc.), mais on attendait autre chose d’un ouvrage prétendant offrir un "diagnostic précis et étayé".

Dès la page suivante (page 5), on entrevoit à nouveau la façon dont les auteurs biaisent la présentation des données pour asseoir leur interprétation. Ils citent un sondage d’opinion paru dans Le Figaro "avant les élections législatives de juin 1997" (pourquoi ne pas donner la date exacte ?) :

"Parmi ces divers thèmes, quels sont ceux dont devrait s’occuper en priorité la majorité RPR-UDF ?’ : lutte contre l’immigration clandestine, 47 % ; lutte contre l’insécurité, 43 %. Notons que ces deux thèmes étaient clairement placés en tête d’une série de dix réformes possibles".

En apparence, des "faits clairs et précis". En réalité, dans le contexte, une liaison suggérée entre immigration clandestine et insécurité, puisque la première note de la même page loue le "réalisme nouveau des médias" qui n’hésitent plus à évoquer les "facteurs sociaux mais aussi ethniques" de l’insécurité. De fait, si les deux choses n’avaient rien à voir, pourquoi donner le premier chiffre ? Et quelles étaient les autres propositions de réforme ?

La page suivante donne un autre sondage où la préoccupation du chômage arrive en tête ; dès lors pourquoi la lutte contre le chômage n’était-elle pas citée dans le premier sondage ? Est-ce parce qu’il concernait seulement les électeurs RPR et UDF ? On voit que, loin de parler d’elle-même, la présentation des faits pose en réalité plus de questions qu’elle n’en résout parce qu’elle n’est jamais précise et complète.

Pages 9-10, présentant les "caractéristiques communes des ’quartiers sensibles’ de la France métropolitaine", on lit :

"Toxicomanie touchant parfois jusqu’au tiers des adolescents, les victimes étant souvent elles-mêmes d’origine africaine ou maghrébine".

Ce passage vise à établir une liaison entre Drogue et Immigration mais ne constitue en aucun cas un "fait clair et précis". En effet, de quelle toxicomanie s’agit-il ? Drogue dure ou haschich ? Cela n’a rien à voir dans la réalité, "sur le terrain" comme diraient les auteurs (qui ne semblent pas en réalité s’être déplacés dans les quartiers dont ils parlent). Ensuite, le terme "souvent" est tout sauf précis. Dans quelle proportion exacte les jeunes d’origine africaine (rappelons que le Maghreb fait partie de l’Afrique) se droguent-ils dans ces quartiers ? Ensuite, combien sont-ils proportionnellement dans ces quartiers ? Si on ne le dit pas, on ne peut pas savoir s’ils se droguent plus que les jeunes d’origine française.

Et les chiffres donnés dans les lignes et les pages qui suivent ne font qu’introduire encore davantage de confusion puisque l’on apprend d’abord que les écoles et collèges de ces quartiers "comptent de 30 à 80 % d’enfants issus de familles non francophones" (p. 10), ensuite que 17,6 % des habitants de ces quartiers sont de langue maternelle étrangère (p. 11), enfin que "partant des statistiques disponibles, Délégation interministérielle à la ville, forces nationales de police, offices HLM, etc., estiment que [...] les ’quartiers sensibles’ proprement dits regroupent en moyenne 40 % d’étrangers" (p. 13). Nous vérifions ici le fait que, le premier chiffre étant issu des RG, le second de l’INSEE et le troisième d’une sorte de moyenne entre des données inconnues d’organismes officiels qui n’ont rien à voir entre eux, des sources aussi différentes ne peuvent en aucune manière "se corriger et se compléter les unes les autres" comme le prétendent les auteurs.

Un exemple plus flagrant encore de manipulation du lecteur est donné page 23 avec le tableau VII dont la légende est la suivante : "Quartiers sensibles où se produisent des violences spécifiques (émeutes, etc.) visant à protéger le commerce des stupéfiants, 1993-1997". En réalité, c’est cette légende qui est quelque peu stupéfiante. En effet, la démarche impartiale dont se réclament les auteurs consisterait à donner des chiffres puis à les interpréter de façon réflexive. Or ici, la légende du tableau donne directement l’interprétation en disant que les émeutes visent à protéger le trafic de drogue. Dès lors, plus besoin de discussion sur les motivations des émeutiers, les chiffres se mettent à parler d’eux-mêmes et le lecteur est censé être effrayé par une évolution à sens unique et univoque. Les émeutes sont le fait des trafiquants de drogue qui veulent éloigner la police de leur activité, un point c’est tout (cf. aussi pp. 59-60). Comme tout devient plus simple lorsque l’on procède ainsi !

Arrêtons-là une série d’exemples qui pourrait se poursuivre longtemps et venons-en plus en détail à l’analyse des sources prétendument "scientifiques" utilisées tout au long de ce livre.

Quant aux sources statistiques, la principale est produite par la section "Villes et banlieues" des Renseignements Généraux (RG), dirigée par la commissaire L. Bui-Trong. Or ceci pose de nombreux problèmes. En effet, tandis que les statistiques de police ordinaires traitent de l’ensemble de la délinquance et de la criminalité constatées sur le territoire national au moyen d’une grille d’analyse unifiée depuis 1972, les statistiques des RG sont toutes récentes et ne sont unifiées ni dans leur base ni dans leur mode de calcul. C’est en 1991 qu’est née cette nouvelle section, avec pour mission l’anticipation des émeutes. De fait, elle va rapidement établir une cartographie des "quartiers sensibles" et tenter d’y mesurer l’ampleur des "violences urbaines" à travers une "grille d’évaluation" qui, en réalité, s’intéresse avant tout à l’ampleur des difficulté que rencontre la police dans ces quartiers [3]. En l’espace de quelques années, les chiffres fournis par cette section vont indiquer une aggravation continue de la situation. Et c’est la raison pour laquelle ils intéressent tant Bauer et Raufer (p. 20-26). Mais ces chiffres sont-ils crédibles ? Rien n’est moins sûr.

Primo, la base de calcul n’est pas stable dans le temps (le nombre de quartiers enquêtés a triplé depuis la création de la section des RG).

Secundo, on doit se demander si cette hausse ne reflète pas avant tout l’effet naturel d’aggravation continu propre à tout nouvel instrument de mesure dans les années qui suivent sa mise en place. L. Bui Trong l’a du reste implicitement reconnu [4]. On mesure par exemple le poids du simple nombre de fonctionnaires mobilisables pour la collecte des données, nombre qui influe à la fois sur la quantité de faits relevés et sur leur localisation géographique. Et dans la mesure où la commissaire annonce dans ce texte le recrutement d’une quarantaine de nouveaux agents, on peut déjà prévoir que les statistiques témoigneront d’une dégradation dans les années qui suivent...

Quant aux sources d’interprétation psychosociologique, les auteurs insistent sur l’inquiétante désocialisation des nouveaux délinquants :

"Pour la plupart, ni l’école qu’ils fréquentent peu, ni des parents souvent démissionnaires, n’ont pu les doter d’une grille de référence leur permettant de distinguer l’autorisé du toléré et de l’interdit. Enfin, ces adolescents ne sont pas préparés psychologiquement aux sanctions prévues en cas de transgression des interdits - si tant est que la société se décide à les appliquer" (p. 27).

Il s’agirait ainsi de jeunes "sans repères, ni moraux, ni sociaux, ni civiques" [5] . Sur quoi reposent de telles interprétations psychologisantes ? Hélas apparemment sur l’intuition personnelle des auteurs, alimentée par la lecture des faits divers de la presse d’information générale, en particulier deux quotidiens qui font leur miel du thème de l’insécurité et des faits divers s’y rapportant : Le Figaro et Le Parisien. A aucun moment, les auteurs ne font référence à des travaux sociologiques ou psychologiques. La description empruntée aux faits divers est censée là encore "parler d’elle-même". Ainsi :

"Dans les cités chaudes de Grenoble, on trouve désormais des bandes agressives dont les membres ont de 8 à 10 ans - de véritables gangs d’enfants, protégés en sus par une efficace loi du silence" (p. 28).

Qu’importe aux auteurs la lecture, par exemple, des deux volumes des actes du 29ème congrès de l’Association Française de Criminologie, consacrés à "Délinquance et précocité" (édités en 1995). Il est en effet incomparablement plus rapide de recopier un fait divers raconté dans Le Figaro du 8 mars 1997... A tel point, qu’on se demande du reste ce que vient faire la bibliographie (pourtant déjà bien pauvre) qui figure à la fin du livre. Dans la plupart des cas, elle est en effet purement formelle, les auteurs n’ayant pas ouvert les ouvrages qu’ils citent. Ainsi, s’ils avaient vraiment lu le livre mentionné sur les statistiques de la délinquance [6], ils n’auraient pas commis les erreurs méthodologiques que nous avons relevées...

Plus amusant encore : on se demande bien pourquoi les auteurs citent Surveiller et punir de Foucault ! Et la liste est longue : pourquoi citer les travaux de C. Bachmann, H. Lagrange ou encore S Roché puisqu’ils ne sont jamais utilisés dans le texte ? La raison est sans doute qu’il ne s’agit que de poudre aux yeux, d’une pseudo-caution universitaire qui ne doit pas tromper le lecteur [7]. En réalité, le livre de Bauer et Raufer repose fondamentalement sur deux pieds : des documents administratifs d’un côté (surtout ceux qu’élaborent les RG), des coupures de presse de l’autre (surtout les faits divers et surtout la presse sécuritaire). Toute la littérature sociologique et psychosociologique (voire ethnologique) sur les jeunes des quartiers populaires est inconnue des auteurs. Autant dire que, du point de vue scientifique, ce livre est particulièrement contestable, de même que les positions idéologiques qui le sous-tendent sont aisément repérables. Nous ne nous en réjouissons pas car il s’agit d’un manuel (d’une collection qui n’est manifestement plus ce qu’elle était) certainement consulté par de nombreux lecteurs n’ayant pas les connaissances suffisantes pour en faire la critique méthodologique.

P.-S.

Ce texte est paru initialement sur notre site en 2003.

Notes

[1] Selon l’enquête de R. Monzat (Enquêtes sur la droite extrême, Paris, Le Monde Éditions, 1992, pp. 281-282), l’itinéraire de X. Raufer dans les années 70 témoigna d’une proximité d’une part avec des institutions policières et militaires, d’autre part avec les milieux d’extrême droite et en particulier les revues Élite européenne et Défense de l’Occident. Par la suite, l’auteur semble s’être détaché de ces réseaux. Au début des années 80, ses ouvrages (par exemple : Sur la violence sociale, Paris, Jean-Jacques Pauvert, 1983) renvoyaient dos-à-dos les discours " idéologiques " de droite comme de gauche et étaient d’une teneur plutôt modérée, principalement analytique. Toutefois, au milieu des années 80 (après ce qu’il appelle lui-même le " coup de tonnerre " du score de l’extrême droite aux élections municipales de 1983 et aux élections européennes de 1984), son positionnement politique perd de nouveau sa neutralité. En 1985, son ouvrage Le cimetière des utopies. Violence sociale : des solutions existent est ainsi préfacé par Robert Pandraud (ancien Directeur général de la Police nationale, alors directeur de Cabinet de Jacques Chirac à la mairie de Paris, futur ministre des gouvernements de droite) qui ne manque pas de dénoncer le " désengagement de l’Etat à l’égard de ses responsabilités essentielles en matière de sécurité ", désengagement qui " s’est accusé singulièrement depuis 1981 " (p. XI).

La trajectoire politique d’A. Bauer est plus sinueuse, ou plus opportuniste. Le journal Le Monde (18 mars 2000) le présente comme un personnage complexe et redouté, ancien responsable de l’UNEF-ID, ex-jeune rocardien, ex-haut responsable d’un grand groupe immobilier (Charles Pellerin), enfin membre de la direction du Grand Orient et candidat à la fonction de Grand Maître de cette loge maçonnique. Ses interventions publiques en matière de sécurité rejoignent fondamentalement celles de X. Raufer dans la dénonciation du laxisme de l’Etat (par ex. A. Bauer, "La loi n’existe plus", Le Figaro, 9 novembre 1999), dans la volonté de lier la question des violences urbaines et celle du terrorisme pour en faire un danger national maximal (cf. leur article commun "Insécurité intérieure et défense nationale", Le Figaro, 27 novembre 1997) et dans celle de dramatiser l’évolution de la délinquance juvénile (par ex. A. Bauer, "Une pléthore d’oranges mécaniques", Le Monde, 2 juin 1998).

Par ailleurs, ses interventions révèlent aussi une proximité flagrante avec les politiques des ministres de l’intérieur depuis 1995, et plus encore depuis l’arrivée de J.-P. Chevènement et la mise en place des CLS (d’où l’ouverture d’un marché de la sécurité dont l’entreprise qu’A. Bauer dirige est sans doute une des bénéficiaires).

Enfin, l’auteur apparaît très proche du Syndicat des Commissaires et Hautes Fonctionnaires de la Police Nationale (SCHFPN) qui constitue sans doute aujourd’hui en France le principal lobby sécuritaire, diffusant la doctrine de la "tolérance zéro", dénonçant l’islamisation des banlieues, incriminant toute la jeunesse d’origine maghrébine censée être culturellement prédisposée à l’usage et au trafic de drogue, etc. (cf. notre article : "L’expertise policière des violences urbaines : analyse critique de sa construction, de son contenu et de ses enjeux", Déviance et société, 2000, 4, à paraître).

Nota bene : sur la stratégie de légitimation universitaire de ces auteurs, cf. ci-dessous note 7.

[2] Cf. B. Aubusson de Cavarlay : La place des mineurs dans la délinquance enregistrée, Les cahiers de la sécurité intérieure, 1997, 29, p. 17-38.

[3] L. Bui-Trong, L’insécurité des quartiers sensibles : une échelle d’évaluation, Les cahiers de la sécurité intérieure, 1993, 14, p. 235-247. Pour une critique détaillée de cet outil des RG, cf. notre article : L. Mucchielli, L’expertise policière de la "violence urbaine" : analyse critique de sa construction, de son contenu et de ses enjeux, Déviance et société, 2000, 2 (à paraître).

[4] Sur quelques secrets de fabrication... Entretien avec Lucienne Bui Trong, Les cahiers de la sécurité intérieure, 1998, 33, p. 225-233.

[5] Naturellement, à la fin du livre, dans les recommandations des auteurs, on trouve le passage attendu sur la nécessaire sanction pénale des "parents démissionnaires" (p. 100).

[6] Ph. Robert, B. Aubusson de Cavarlay, M.-L. Pottier, P. Tournier, Les comptes du crime. Les délinquances en France et leurs mesures, Paris, l’Harmattan, 1994.

[7] De la même manière, la façon dont les auteurs se présentent sur la couverture du livre ressemble fort à une tentative de légitimation universitaire assez dérisoire. Xavier Raufer se présente comme " Chargé de cours à l’Institut de criminologie de l’Université Paris II-Panthéon Assas ", ce qui ne saurait constituer son emploi principal. Sous son véritable nom (Christian de Bongain), il était journaliste en réalité et c’est encore comme tel qu’il apparaît dans la présentation de la collection " Criminalité internationale " qu’il dirige aux Presses universitaires de France et qui publie davantage de journalistes, de magistrats et de policiers que d’universitaires. Alain Bauer, PDG d’une société de conseil en sûreté urbaine, se présente aussi comme " ancien vice-président de l’université Panthéon Sorbonne " (inscrit en majuscules dans le texte, mais sans préciser que c’est à titre de délégué étudiant que ce poste lui fut attribué...) et formateur à l’IHESI (au fil des articles de presse, les titres de Bauer évoluent ; l’expression " enseignant à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et à la Sorbonne " est la plus fréquente, on trouve parfois même carrément " professeur à la Sorbonne " ce qui constitue une usurpation de titre dont on dira, naturellement, qu’il s’agit d’une erreur des journalistes ayant réalisé l’interview...).