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Capital : nom masculin

A propos du dernier classement des grandes fortunes de France.

par Collectif Les mots sont importants
17 juillet 2014

En un an, la fortune des plus riches a augmenté de 10% en France, nous annonce un tout récent numéro du magazine Capital, daté de juin 2014...

Ce résultat, le journal l’annonce d’une façon plutôt joyeuse, excepté un « constat désolant » : « le club des très riches ne se renouvelle que très lentement dans notre pays », contrairement aux Etats-Unis, qui reste apparemment dans l’imaginaire des journalistes le pays des success stories et du renouvellement des élites.

Il y a pourtant bien d’autres « constats désolants » à faire, outre le plus obscène, qui est bien-sûr que… les riches sont toujours plus riches, et à l’évidence toujours plus puissants - en témoigne l’incroyable bienveillance dont font preuve François Hollande et Manuel Valls à leurs égards quand il s’agit de trancher entre les exigences du patronat et ceux des salarié-e-s et intermittent-e-s en luttes.

Egalement désolant, cet autre chiffre, qui ne sera très certainement relevé ni dans le Capital ni dans aucun autre journal moins favorable au capital : ces plus grandes fortunes appartiennent plus que majoritairement à des hommes (73 sur 100) ou à des familles (17 sur 100), et quasiment pas à des femmes : seulement 10 pour 100. Les riches sont donc de plus en plus riches, et toujours aussi masculins. En d’autres termes, le capitalisme a bien un genre, et les ressources que procure le fait d’être un homme joue toujours à plein dans l’accumulation des richesse.

Il est vrai, dernier coup dur de ce palmarès, que parmi ces 9 femmes, on trouve aussi Elisabeth Badinter du groupe Publicis. Désormais connue comme « intellectuelle », cette milliardaire a réussi le tour de force de se faire passer pour « féministe », un féminisme certes très sélectif et qui pèse de peu de poids face à des intérêts certes bassement économiques, mais très personnels. Elisabeth Badinter, énervée par les femmes musulmanes habitant en banlieue, l’est en effet beaucoup moins par les publicitaires et leur formatage sexiste des esprits.

Le plus important à retenir reste que cette question sociale qu’est la captation des richesses au profit d’un petit nombre de privilégiés est bien indissociable de ce qu’on appelle souvent, de façon condescendante, les « questions sociétales », dont fait partie l’oppression des femmes. Ces questions sont tout bonnement inséparables, tant le capitalisme contemporain se nourrit de l’exploitation des femmes, dans le monde du travail comme dans la sphère domestique (comme il se nourrit, également, de l’exploitation d’autres groupes comme les sans-papiers, les étrangers, les français non-blancs discriminés et précarisés), et tant il vient, en retour, conforter une élite sociale avant tout masculine (et française, et blanche).