Accueil du site > Appels, hommages et fictions > Hommages > Folk revivals

Folk revivals

Entretien autour d’un joli site (Troisième partie)

par Laurent Lévy, Pierre Tevanian
22 août 2015

Un nouveau site a fait, ces derniers mois, son apparition, consacré à ce que l’on appelle communément la chanson folk, dans ses diverses déclinaisons – chanson protestataire, chanson politique, chansons traditionnelles, chansons de marins, chansons de cowboys, blues... Des artistes du revival des sixties (Joan Baez, Tom Paxton, Phil Ochs, Judy Collins, Bob Dylan, Dave Van Ronk) aux ainé-e-s (Woody Guthrie, les Almanac Singers, Pete Seeger, les Weavers, Malvina Reynolds, Odetta), de nombreux artistes sont présentés, avec leurs chansons, présentées avec leurs paroles (en anglais), et souvent des notices plus ou moins développées... En guise d’introduction à l’univers folk, mais aussi à ce formidable site : Folk et politique, nous avons posé quelques questions à Laurent Lévy, qui en est le fondateur et l’animateur.

Partie précédente : Folk, sexe, race, classe

Nous sommes aux États-Unis, mais peux tu en dire plus sur les lieux où tout cela se passe ? Villes, campagnes ? Lesquelles ? Quartiers populaires, quartiers chics ? Il y a notamment le fameux Greenwich Village, dans les sixties...

Le cœur de la renaissance folk est bien Greenwich Village, quartier de la bohême intellectuelle de New-York. Mais il se passe aussi des choses importantes dans d’autres régions, en particulier sur la côte Ouest, où opère par exemple le Chad Mitchell Trio, l’un des groupes commerciaux les plus intéressants de la période. Le caractère urbain du folk revival est d’autant plus notable que le fond de son répertoire, avant l’éclosion d’une nouvelle génération d’auteur-e-s, est une musique profondément rurale. Certains artistes authentiquement ruraux vont d’ailleurs émerger, comme l’immense guitariste bluegrass et chanteur Doc Watson. Le duo Flatt & Scruggs, également issu de l’idiome bluegrass dont il constitue un exemple très caractéristique est également d’essence provinciale, mais connaîtra un grand succès auprès du public folk, en ayant d’ailleurs l’intelligence d’intégrer à son répertoire traditionnel des chansons de Woody Guthrie, et même des chansons modernes, en particulier certaines chansons de Bob Dylan.

Finalement, si la vague folk est surtout massive dans les campus universitaires, elle frappe quand même l’ensemble du pays, et devient un élément important de la culture américaine de l’époque, même si elle entre en concurrence avec de nombreuses autres formes d’expression musicales, avec laquelle une fusion s’opérera d’ailleurs plus ou moins à partir des années 70...

Après le moment Dylan-Joan Baez-Judy Collins, les sixties, il y a aussi la "trahison" de Dylan, son passage à l’électricité, et puis ce qu’on appelle le folk-rock, les Byrds, le Buffalo Springfield, Neil Young... Ton site est aussi ouvert à cette lignée-là, peux tu en dire quelques mots ?

C’est toute une histoire. En réalité le folk revival des puristes n’a pas duré très longtemps. Le choix des instruments acoustiques n’a jamais été absolu, et correspondait surtout à des contingences pratiques. Si l’électrification a pu apparaître comme un élément symbolique de certaines évolutions, elle ne marque pas une rupture. On peut d’ailleurs noter que l’accompagnement simple, à coups de guitares acoustiques et de banjos, n’avait jamais été un impératif catégorique des artistes folk. Il est même arrivé aux Almanac Singers, pendant la guerre, d’enregistrer leur Round Hitler’s Grave avec un orchestre symphonique... Les premiers disques des Weavers chez Decca étaient enrobés de violons plus ou moins sirupeux. Mais c’est vrai que le scandale arrive au festival de Newport de 1965 avec la guitare électrique de Bob Dylan.

En réalité, il semble que l’histoire, qui appartient à la grande légende folk, ait été plus simple que ça. Il y avait dans son public un “problème Dylan”, lié aux évolutions de son écriture. Après avoir été l’un des grands représentants de la chanson protestataire, profondément imprégné de tout le répertoire traditionnel qui ne cessera jamais d’être la véritable matrice de son travail, il avait progressivement évolué vers une écriture poétique très serrée, souvent abstraite, et mis un peu de côté les protest songs proprement dites. Par ailleurs, il avait opté pour un accompagnement à la guitare électrique, renouant ainsi avec ses premières amours musicales.

La question de savoir ce qui lui était vraiment reproché entre ces deux évolutions n’est pas très claire. Mais lorsque le scandale arrive en 1965, la chanson qu’il interprète, même si elle se raccroche à sa nouvelle manière, peut difficilement être considérée comme extérieure à toute préoccupation politique et sociale – c’est Maggie’s Farm (dont on trouvera bientôt la version de Richie Havens sur le site), une chanson que l’on peut voir au premier degré, même si d’autres interprétations sont possibles, comme une critique acide de l’exploitation, de l’hypocrisie et de la petitesse bourgeoises. Le problème est que les organisateurs du Festival de Newport ont mal géré la présence simultanée de deux sonorisations, mal synchronisées, et que l’on n’entend presque pas ce qu’il chante.

Beaucoup de spectateurs sont ravis de le voir, et connaissent de toutes façons la chanson par cœur. D’autres sont outrés de la mauvaise qualité du son, bien plus que de la présence de guitares électriques. Pete Seeger, qui est l’un des organisateurs de l’évènement, fait son possible pour que l’une des deux sonos soit coupée, afin que l’on puisse entendre les paroles de ce qui est malgré tout, dans la grande tradition folk, une chanson à texte. Cela restera dans les mémoires comme un Pete Seeger gardien du temple folk, et refusant le principe même d’une musique amplifiée... Quoi qu’il en soit, il se produit bien là une rupture, qui va bien au delà d’une question technique.

Le courant folk-rock n’est pas très présent sur le site, mais il est un élément important des destinées de la musique auquel il est consacré et y a donc sa place. Les Byrds, par exemple, qui ont été les premiers à transposer la nouvelle chanson folk dans des arrangements électriques inspirés du rock, ont beaucoup contribué à élargir le cercle des amateurs de ce répertoire, et fait connaître certaines chansons de Dylan et même de Pete Seeger, comme son Turn, Turn, Turn, auprès d’un vaste public qui n’y avait pas accès. La rupture folk rock est donc, en bonne dialectique historique, un élément de la continuité de l’idiome folk.

Même si leur assimilation au folk-rock serait inexacte, Simon & Garfunkel illustrent aussi à leur façon les évolution du folk vers des musiques différentes, plus personnelles, mais liées à cet idiome de diverses manières.

À la fin des années soixante apparaît aussi un personnage singulier, qui lui aussi, autant que Dylan ou même plus, "en est sans en être", et que comme Dylan, tu adores : Leonard Cohen. Alors je pose la question : folk ou pas folk ? Et puis une autre question : politique ou pas politique ?

Poser la question est poser à nouveaux frais la question de savoir ce qu’est le folk. Et c’est la poser à certains égards en des termes chimiquement purs, et en même temps en montrer les limites. La vérité est que selon ce que l’on désigne par « folk » on peut ou non y rattacher Leonard Cohen. Mais pour l’y rattacher vraiment, il faudrait avoir une notion tellement extensive de cet idiome, qu’il finirait par ne plus rien signifier du tout. C’est toujours le problème des frontières, des limites d’un champ culturel quelconque.

Cela dit, autant qualifier Cohen d’artiste folk semble difficile, autant il semble impossible de dire qu’il n’a rien à voir avec tout cela. Il arrive sur la scène à la fin des années 60, à une époque où la chanson folk a déjà pas mal évolué, et s’est largement affranchie de ses origines traditionnelles. Si l’on prend l’exemple de Judy Collins, on voit une artiste nourrie de chansons traditionnelles, auxquelles elle a consacré ses premiers disques, mais qui a évolué vers des genres différents, privilégiant la “chanson d’auteur-e”. L’évolution de Dylan est également significative. S’il a passé des années à chanter en boucle tous les classiques de la chanson traditionnelle, blanche et noire, et si cela a forgé de façon définitive sa sensibilité, il s’est éloigné de ces rivages, pour suivre son chemin propre.

Leonard Cohen était leur aîné mais est venu tard à la chanson. Il était un poète et un romancier reconnu, presque mythique. Mais par ailleurs, il aimait la chanson, avec un goût personnel plutôt orienté vers la musique country, et avait vaguement appris la guitare. Quand il décide (parce qu’il a besoin d’argent) de faire des chansons, il arrive sur une scène folk en pleine évolution, en plein bouleversement. C’est Judy Collins qui lui met le pied à l’étrier et chante et enregistre ses premières chansons, comme Suzanne. On trouve certaines précisions sur leur rencontre dans la notice de l’enregistrement qu’ils ont réalisé en duo de cette chanson sur le site.

Les chansons de Cohen sont des chansons sui generis. Mais le milieu dans lequel il les fait connaître est celui de la nouvelle chanson folk : il se rattache donc à ce milieu par le fait que c’est Judy Collins qui chante ses chansons, que son public est le même que celui des artistes folk, qu’il est invité dans les festivals folk, etc. Cela m’arrange bien, puisque ça me donne un prétexte pour faire figurer Cohen sur le site ! On y trouve même un curieux enregistrement, où il interprète (en public, à l’occasion d’un concert de soutien contre la guerre du Vietnam) une vieille et fameuse chanson syndicaliste, Solidarity Forever, ce qui est aussi un point de rattachement à la tradition folk...

Cela ne répond qu’en partie à la question de savoir si Leonard Cohen est un chanteur politique. Certaines de ses chansons comportent des allusions claires à des questions politiques et sociales, avec une sensibilité de gauche. Mais on voit bien que contrairement à d’autres, ce n’est vraiment pas l’affaire de sa vie.

Les sixties ont été, cela dit, en termes de visibilité et de succès public, un âge d’or jamais vraiment retrouvé, même si les artistes ont continué à produire au fil des décennies... Pendant les années 70, 80, et après, que se passe-t-il d’important sur cette scène ?

Il est clair qu’à partir des années 70, c’est la queue de comète de la vague folk. On peut regarder ça du point du vue du parcours ultérieur des protagonistes du folk revival. Certain-e-s ont continué sur une voie identique ou voisine de celle de leur jeunesse. Parmi les aîné-e-s, citons bien sûr Pete Seeger, qui avait été le passeur des deux traditions, faisant connaître à la fois le patrimoine traditionnel et le répertoire des jeunes artistes du folk revival, a continué jusqu’à son plus grand âge dans sa propre ligne. On trouve sur le site un enregistrement particulièrement touchant, l’un des tout derniers qu’il ait réalisés, où il interprète, accompagné par des enfants, la chanson de Bob Dylan Forever Young.

Pour la génération des années 60, un Dave Van Ronk ou un Ramblin’ Jack Elliott n’ont pas profondément changé de répertoire. Joan Baez a certes élargi le sien, mais a continué à chanter dans la veine folk, tout en s’autorisant de nombreux pas de côté. Judy Collins était très tôt l’illustration d’un élargissement de l’horizon folk, et elle a poursuivi dans cette voie. Joni Mitchell, dont le rapport au folk est assez voisin de celui de son compatriote Leonard Cohen, s’est largement éloignée de rives où elle n’avait fait qu’aborder, même si elle y avait été remarquée – Pete Seeger chantant par exemple sa chanson Both Sides Now, et l’on trouvera bientôt sur le site une version où il la chante avec elle, en y ajoutant ses propres couplets.... Et elle s’est ensuite enfoncée dans les eaux complexes du jazz.

Tom Paxton a poursuivi sa carrière tel qu’en lui-même, avec son humour mordant et son engagement. Mais Richard Fariña, poète à l’écriture subtile rappelant par bien des côtés celle de Dylan, Peter La Farge, chantre des luttes amérindiennes, ou Phil Ochs, le prototype du chanteur rebelle, sont morts avant que l’aventure ne se termine – le dernier cité mettant fin à ses jours peu après la fin de la guerre du Vietnam qui avait mobilisé tant de son énergie. Tom Paxton a consacré une chanson poignante au suicide de son ami, et cette chanson marque en un sens le début de la fin de l’âge d’or de la chanson folk. On peut dire qu’ensuite la scène folk s’étiole et qu’elle vieillit. L’idiome d’une génération n’est que peu ou pas repris par les générations suivantes, même s’il y a des cas d’artistes assumant clairement une filiation, comme Ani Di Franco.

On trouve tout de même des artistes qui s’y inscrivent tout bonnement, comme Si Khan ou John Gorka, ou quelques autres comme John Mellencamp, ou encore David Rovics, jusqu’au XXIe siècle. Chaque année, plusieurs manifestations culturelles attestent la vivacité de l’héritage de Woody Guthrie, y compris dans certains secteurs de la jeunesse. Mais Peter, Paul & Mary n’ont pas vraiment d’héritiers.

On trouve des rejetions de folksingers jusqu’à la troisième génération : Pete Seeger, sur la fin de sa vie, était souvent accompagné par son petit-fils Tao Rodriguez-Seeger, qui poursuit sa propre carrière, de même que la fille d’Arlo Guthrie et petite fille de Woody, Sara Lee Guthrie. Mais il y a à cela un large côté anecdotique, même si ces artistes ont été investis par exemple dans le mouvement Occupy. Rien ne permet de dire que la page d’histoire culturelle qu’aura constitué le folk revival des années 60 aura préjugé de l’avenir de la musique populaire américaine ; mais elle lui a laissé une certaine empreinte, et reste la signature d’une époque importante à tous égards, sur laquelle il sera durablement nécessaire de faire retour.

Cette scène, au fait, est surtout américaine... Le site propose-t-il des incursions dans d’autres univers ?

En un sens, s’il est vrai que le folk revival est typiquement un phénomène culturel américain, il a aussi conquis la planète. Même la France, pour le meilleur et pour le pire – puisqu’on ne peut pas mettre sur le même plan le travail formidable d’un Graeme Allwright et des gens comme Richard Anthony ou Claude François auxquels il est arrivé, comme à d’autres vedettes yéyé, de donner de lamentables adaptations de chansons folk. Mais le site est à peu près limité dans son objet à la scène américaine – en ce inclus quelques artistes canadiens, dont la carrière a pour l’essentiel eu lieu aux États-Unis, comme Ian & Sylvia, Gordon Lightfoot, Joni Mitchell, Buffy Sainte-Marie ou Leonard Cohen.

Il y a pourtant de brèves incursions ailleurs dans le monde anglo-saxon, avec la présence du groupe australien The Seekers, et surtout une belle présence de l’immense folksinger anglais d’origine écossaise Ewan McColl – qui fut le compagnon de Peggy Seeger, la sœur de Pete, elle-même une artiste de premier plan... Pour la Grande Bretagne, on trouve aussi Billy Bragg, Kirsty McColl (fille d’Ewan McColl), ou Julie Felix – américaine, mais installée en Grande Bretagne où elle a été l’une des animatrices de la scène folk. D’autres pourraient également apparaître un jour où l’autre sur le site, comme Cat Stevens ou Donovan, entre autres. Mais l’essentiel est pour les États-Unis, qui sont vraiment le cœur de cette scène.

Pour finir, en toute subjectivité, s’il ne fallait retenir qu’une chanson ? La plus belle ?

Est-ce que je t’ai fait quelque chose de mal, pour que tu me poses une question comme çà ? Il y en a vraiment beaucoup trop, et je pourrais regretter demain la réponse que je te donnerais aujourd’hui. Cela dépend de trop de choses. Alors, j’y vais au hasard : il y a sur le site une superbe interprétation par Joan Baez du North Country Blues de Bob Dylan. Mais ne retenir qu’une chanson... non, tu me mets à la torture ! Certaines sont des documents irremplaçables, d’autres résonnent dans ma tête de temps à autre... Vraiment, tu m’en demandes trop !

Et la plus politique ? Ou disons celle qui réussit de la manière la plus parfaite à traiter un sujet ou une situation politique ? En toute subjectivité toujours !

Peut-être que je vais encore citer Dylan, et la chanson très forte qu’il a écrite sur l’assassinat d’Emmett Till. Disons que cette chanson combine plusieurs des caractéristiques de la protest song, parce qu’il s’agit d’une topical song particulièrement bien faite, qu’elle s’inscrit dans la lutte anti-raciste et pour les droits civiques qui tient une grande place dans toute l’histoire de la chanson folk, parce qu’elle est l’une des plus guthriesques des chansons de Dylan, parce qu’elle a échappé pendant des décennies à la publication, si bien qu’elle peut apparaître comme ce qu’étaient beaucoup de folksongs, quelque chose d’un peu underground et destiné à un public de happy few.

Mais bon, il y en a tellement d’autres, de Woody Guthrie et Pete Seeger jusqu’à Tom Paxton ! Le meilleur et le plus typique des protest singers est sans doute Phil Ochs, et une chansons comme What Are You Fighting For est une grande chanson politique Mais puisque tu ne me donnes droit qu’à un seul titre, je ne peux pas la mentionner...

Un-e artiste folk, s’il fallait n’en garder qu’un-e ?

Ce serait bien triste. Mais sans doute peut-on dire sans hésiter que le plus important à tous égards des artistes qui ont jalonné l’histoire de la chanson folk est sans conteste Woody Guthrie, tant par son œuvre que par son influence, même s’il n’a pu vivre que de loin le folk revival, depuis son hôpital... Il est celui dont la trace est la plus ineffaçable du patrimoine culturel des États-Unis.

Une voix ?

Odetta. Les folksingers n’ont pas souvent brillé par leur voix, même si certaines ont un cachet irremplaçable. Mais Odetta sort du lot. Elle n’est pas la seule, en particulier parmi les femmes. On me reprochera de ne pas avoir plutôt cité Joan Baez, mais tout le monde la connaît bien. Mon seul regret, en citant Odetta, est de laisser dans l’ombre la voix des deux piliers des Weavers qu’étaient Lee Hays et Ronnie Gilbert. Mais il faut bien faire des choix, puisque c’est la règle du jeu, et donc, je maintiens Odetta. Une voix puissante, expressive et chaleureuse, riche et juste...

Un-e guitariste ?

Dilemme. Parce que normalement, je ne devrais même pas hésiter, et citer Jorma Kaukonen. On peut trouver sur le site les vidéos de deux interprétations différentes, à quelques années de distance, de sa version de Hesitation Blues, et admirer son jeu de guitare, sa recherche permanente, sa virtuosité et son invention. Mais Kaukonen (qui fut par ailleurs l’un des piliers du groupe Jefferson Airplane) est trop marginal sur la scène folk. Alors j’hésite quand même et je cite plutôt, avant même Ramblin’ Jack Elliott, le Maire de McDougall Street, Dave Van Ronk. Largement inspiré de celui du grand bluesman Reverend Gary Davis, Dave Van Ronk a développé un jeu de guitare à la fois varié, puissant et subtil, qui tranche un peu avec la facilité de nombre de ses collègues.

Une personnalité trop méconnue, que tu voudrais faire découvrir, ou redécouvrir ?

J’aimerais que tou-te-s les artistes présent-e-s sur le site soient découvert-e-s ou redécouvert-e-s. Mais je trouve injuste le peu de notoriété de Barbara Dane, grande artiste au talent multiforme, qui a chanté la chanson traditionnelle et la chanson folk moderne aussi bien que le blues, depuis le début des années 50, et a été une grande activiste politique, que ce soit pour les droits civiques ou contre la guerre du Vietnam.

Barbara Dane a poursuivi une carrière modeste et sans bruit, alors qu’elle avait tout – sauf peut-être le goût des projecteurs et des compromissions – pour faire l’une des plus brillantes carrières de la scène folk. Et c’est peut-être aussi, ce qui pourra sembler paradoxal après tout ce que j’ai dit sur le caractère politique de la folk music, parce qu’elle se considérait comme une militante avant même d’être une artiste folk. Elle reprochait volontiers aux héros de la scène folk d’accepter les contraintes politiques de leurs producteurs effrayés par trop de radicalité, et a par exemple dit dans une interview :

"Joan Baez était politique dans sa mobilisation contre la guerre du Vietnam, mais elle ne disait rien sur le capitalisme ou le socialisme. Il y a une différence entre donner sa vie à une cause ou la supporter de temps en temps. Je pense que c’est ce qui me séparait du revival folk."

Il faut découvrir et redécouvrir Barbara Dane. Découvrez Barbara Dane !

Et pour finir, une ou deux raretés qu’on peut trouver sur le site ?

Il y en a quelques unes. On trouve par exemple sur le site la première version enregistrée de Blowin’ In The Wind de Bob Dylan, par le groupe qui l’a le premier chantée en public, les New World Singers. Version rare et oubliée d’une chanson célébrissime. On y trouve aussi une chanson totalement inconnue, écrite et interprétée par des inconnus, et qui est un vrai petit chef d’œuvre, In Contempt d’Aaron Kramer et Betty Sanders, par Laura Duncan. Ou encore la seule chanson à ma connaissance jamais faite sur un service d’ordre, à la suite d’un des évènements traumatiques de l’histoire de la gauche et de la chanson folk, Hold The Line par Pete Seeger, écrite après l’émeute de Peekskill que j’ai évoquée tout à l’heure – et que la notice de la chanson sur le site évoque avec plus de détails. Mais encore une fois, pour dénicher des pépites, le mieux est de tenter sa chance en naviguant sur le site...