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Insolent-e-s Arabes

Démocratie et éditocratie

par Sebastien Fontenelle
16 novembre 2011

Perso, je te le dis franchement : l’insolence des Arabes – cette façon qu’ils ont de n’en faire qu’à leur tête – commence à très, très, très sérieusement me gonfler. La dernière fois, rappelle-toi : c’était les Palestinien-ne-s, en 2006, qui avaient voté pour l’Hamas. Genre : on fait comme on veut, on est en démocratie. L’impudence de ces gens-là, sans déconner : c’est à peine croyable.

Nous, d’Europe, à ce moment-là, qu’est-ce qu’on a fait – bien obligé-e-s ? On leur a sucré leur aide, aux Gazaoui-e-s. On a signifié au côté obscur de la Méditerranée que de tels abus ne resteraient pas impunis – bien sûr que tu fais comme tu veux, Mohammed, mais regarde bien ce qui arrive quand tu glisses dans l’urne le mauvais bulletin, et vois comme, tout d’un coup, t’as plus de chocolat.

La démonstration m’eût-elle été adressée, que je l’aurusse tout de suite comprite, et toi aussi, j’en suis certain – mais qu’apprends-je, à l’heure même où j’écris ces lignes ? J’apprends qu’à leur tour les Tunisien-ne-s ont voté selon leur gré, alors même que nous venions de déployer des trésors de patience pour leur enseigner que c’était pas du tout la chose à faire.

Rien nous obligeait, hein ? Je veux dire : ces gens-là nous ont quand même chassé-e-s de chez eux – oui, ou pas ?

(On est allés leur construire des routes, on leur a mis partout la civilisation et l’électricité, et eux, ils nous ont lourdé-e-s : sympa.)

Mais, loin de nous offusquer de cet inélégant procédé, nous avons toléré leur révolution, et nous avons poussé l’avenance jusqu’à les faire former à la modernité par nos plus éminents éducateurs de musulmans – des gens comme Caroline F., qui se sont mis en quatre pour essayer de leur faire comprendre que la démocratie, Ali, ne consiste pas du tout à donner de la voix au candidat de ton choix, mais à ne suuuuurtout pas voter pour les islamisses, ça c’est verboten, Ali, car les islamisses sont ? Sont ?

Fourbes & cruels, Ali. Les islamisses sont fourbes & cruels, putain, Caroline te l’a expliqué cent fois, c’est quand même incroyable que t’arrives pas à te l’entrer dans le crâne : quand Tariq Ramadan, par exemple, te dit « bonjour, Ali, comment va-ce, et quelle jolie journée, n’est-ce pas ? », ça donne l’impression d’être urbain, mais en vrai ça veut dire que Tariq Ramadan va revenir cette nuit te buter, toi et toute ta famille, chien d’infidèle, Allaouuuuuuuuuuh Akhbar.

Bref, nous leur avons préparé une citoyenneté aux petits oignons, une vraie, où ils devaient tout à fait librement ne pas voter pour Ennahda – et qu’est-ce qu’ils ont fait ?

Je te le demande ?

Ils se sont comportés en Palestinien-ne-s : ils ont fait comme si la démocratie les autorisait à ne tenir aucun compte de nos préconisations, et vazy que je te glisse mon bulletin sans demander l’autorisation de l’éditocratie françousque.

Tu veux que je te dise ? Je commence à me dire que monsieur Ben Ali n’avait peut-être pas tout à fait tort de leur tenir la bride un peu courte.

P.-S.

Ce texte, paru initialement dans Politis, est repris avec l’amicale autorisation de son auteur.