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Les « tournantes » : mythes et réalités

Dérives médiatiques, contre-enquête sociologique

par Laurent Mucchielli
13 juin 2005

Invisibles pendant des années, les viols collectifs ont à partir de l’année 2001 fait une entrée fracassante sur l’écran médiatique. Depuis, journaux télévisés, reportages et plateaux-débats nous rappellent régulièrement que ces viols sont un phénomène nouveau, en pleine expansion, concentré dans les banlieues populaires, commis principalement par des enfants d’immigrés et motivés par un machisme d’inspiration musulmane. Chacune de ces affirmations est réfutée par l’enquête sociologique menée par Laurent Mucchielli. Cette enquête est parue en 2005 sous le titre Le scandale des tournantes. Dérive médiatique, contre-enquête sociologique. Le texte qui suit présente quelques unes de ses conclusions.

Ce travail est né d’une interrogation face à la médiatisation aussi intense que subite de ce que les journalistes ont appelé « tournantes », reprenant à leur compte une expression argotique. Le comptage annuel de la fréquence des occurrences de l’expression « viol collectif » dans les titres des dépêches de l’Agence France Presse (source majeure d’information de l’ensemble des autres médias) et dans les quotidiens nationaux met en évidence le phénomène. Il s’agit d’un véritable incendie médiatique, aussi subi qu’éphémère
 [1]. L’analyse du contenu de ces articles de presse fait ressortir une version dominante présentant ce phénomène comme largement nouveau, en pleine expansion et propre à un lieu et une population donnés : les « jeunes de cités », c’est-à-dire les jeunes « issus de l’immigration ». Cette vision s’inscrit en effet dans le cadre plus large du débat sur l’« insécurité » et « les banlieues », amplifié encore par le thème des violences faites aux femmes et par la peur de l’Islam. Par là, le thème des viols collectifs s’est trouvé relié avec celui de « l’intégration » en général, ainsi qu’avec un mouvement politique (« Ni putes ni soumises ») dénonçant les violences faites aux femmes mais s’intéressant seulement aux familles maghrébines et africaines dans les milieux populaires, promouvant donc à son tour une lecture culturaliste des plus contestables. La médiatisation des « tournantes » s’est inscrite enfin dans le contexte des campagnes électorales de 2001 et 2002, centrées sur le thème de « l’insécurité ».

A bien des égards, et pour toutes ces raisons, l’on a assisté dans le débat public à un phénomène de « panique morale », selon l’expression consacrée dans la sociologie anglo-saxonne [2]. On s’efforcera au contraire dans ce texte de donner les éléments d’une analyse sociologique permettant de s’émanciper de ces représentations médiatico-politiques et de ces lectures culturalistes des problèmes sociaux.

L’indispensable détour historique

On ne saurait penser le présent sans connaissance du passé. En l’occurrence, le viol collectif est un comportement juvénile qui traverse toute l’histoire des sociétés urbaines. Dans son étude de la violence dans les villes françaises à la fin du Moyen-Âge, Nicole Gonthier écrit par exemple que « le viol, et surtout le viol collectif, se pratique de façon obsédante » [3]. A l’époque, on pratique le rapt de femmes à des fins de viols collectifs, en particulier dans les milieux estudiantins. Pour cette historienne, la situation est liée au déséquilibre des sexes, au contrôle des jeunes femmes par leurs familles et à l’étroitesse du marché matrimonial, situation qui provoque une misère sexuelle chez les jeunes hommes célibataires et peu argentés. Dans ce contexte mais aussi dans le cadre de ces sociabilités juvéniles, le viol collectif peut être compris comme « un rite de virilité entre jeunes mâles, comme une de ces orgies bacchiques qui sanctionnaient jadis les initiations ».

Beaucoup d’autres exemples pourraient être produits, sur des périodes plus ou moins anciennes. Attardons-nous ici sur les années 1960 car il existe un important corpus de recherches sur la délinquance juvénile, produites notamment au centre de recherches de l’Éducation surveillée à Vaucresson. A cette époque, le débat public est marqué par le surgissement de la figure des « Blousons noirs ». Et, parmi les choses les plus graves qui leur sont reprochées, figurent précisément les viols collectifs (« viols en réunion », selon la catégorie juridique). En témoigne par exemple cet article de presse dans lequel on lit :

« Le bilan du premier semestre 1966 - une soixantaine de procès - révèle une nouvelle poussée du fléau. Un garçon drague, ‘lève’ une fille. Généralement dans une fête foraine, un club de jeunes. Il offre le déplacement motorisé vers un second lieu de plaisir. Parfois, c’est sa petite amie qu’il immole ainsi à la bande. Dans un square, un bois. Dans une résidence secondaire de banlieue. Le plus souvent, une cave d’un grand ensemble. [...] Les violences qui suivent confondent. Tantôt l’acte se déroule en communauté, tantôt la bande fait passer isolément chaque partenaire près de la victime. Les voyeurs se dissimulent aux alentours. Presque toujours les scènes sont enregistrées au magnétophone. Fréquemment, l’avilissement de la ‘bécasse’, du ‘boudin’, termes employés par les jeunes crapules, s’accompagne de véritables tortures » [4].

Magistrats et chercheurs tentent à l’époque d’analyser ce phénomène qu’ils croient déjà nouveau. Au début des années 1970, le directeur du centre de Vaucresson, Henri Michard, fait le bilan d’une décennie de réflexion. Il caractérise d’abord les faits :

« Le scénario est relativement stéréotypé. Il se déroule en deux temps. En un premier temps, il y a recherche et ‘accrochage’ de la victime, par des procédés divers [...]. En un deuxième temps, la fille est emmenée dans un lieu solitaire ; bois, terrain vague, garage, cave, appartement inoccupé. Elle est contrainte d’avoir des rapports avec chaque garçon devant l’ensemble de la bande » [5].

L’usage de l’alcool et surtout la pression de conformisme du groupe (ne pas se « dégonfler » et « perdre la face » devant les autres) jouent un rôle très importants. Michard précise qu’il s’agit généralement de petits groupes de grands adolescents. Certains sont déjà connus de la justice, mais pas comme agresseurs sexuels. Du reste, quelques uns ont par ailleurs une petite amie. Autrement dit, il s’agit d’une pratique collective spécifique. Michard évoque aussi une dimension initiatique du viol collectif puisqu’il constate que, pour la plupart de ces jeunes, c’était la première expérience sexuelle. Il précise : « dans cette perspective, le viol en réunion pourrait être considéré comme un processus pathologique permettant de franchir une étape normale de la socialisation ».

Des observations comparables ont ensuite été faites dans les quartiers populaires des années 1980 [6]. Ces pratiques ne sont donc pas nouvelles. Contrairement à de nombreuses affirmations, rien n’indique par ailleurs qu’elles soient en augmentation. La seule statistique disponible, celle de la justice, indique une stabilité globale sur les vingt dernières années [7].

Auteurs, victimes, interactions et contexte social

Dans un échantillon de dossiers judiciaires que nous avons dépouillés en région parisienne, on retrouve la plupart des caractéristiques socio-démographiques dégagées dans les périodes antérieures : les auteurs de viols collectifs sont des enfants de milieux pauvres, de familles nombreuses, ont des parcours scolaires d’échecs ou de marginalisation, sont pour plus de la moitié d’entre eux inactifs au moment des faits (la plupart des autres sont encore scolarisés) et une petite moitié a déjà été condamnée pour des délits mineurs (vols, bagarres, outrages à policiers, usages ou usages-reventes de stupéfiant) et pratiquement jamais pour des viols. La seule nouveauté par rapport aux années 1960 réside dans le fait qu’ils sont majoritairement d’origines étrangères. On y reviendra en conclusion.

Mais l’essentiel est ailleurs. Aujourd’hui comme hier, la pratique des viols collectifs dans les quartiers pauvres des grandes agglomérations doit d’abord se comprendre à travers l’analyse des groupes ou a fortiori bandes et de leurs systèmes de normes propres [8]. Lorsque des fragilités familiales et surtout la marginalisation et l’échec scolaires affectent les jeunes garçons, dans des quartiers populaires où est la sociabilité juvénile est par ailleurs intense dès l’enfance, la bande et ses normes « virilistes » peuvent offrir un refuge et un mode de revalorisation [9]. En y faisant preuve de courage physique et d’intelligence (avoir du « vice », disent les jeunes), en défiant les adultes (en particulier quand ils représentent des institutions), un adolescent peut se bâtir très rapidement une réputation et acquérir du « respect » parmi ses pairs. Selon l’orientation générale de la bande, la place du jeune dans sa dynamique interne et les relations de la bande avec son environnement (avec les autres bandes mais aussi avec les institutions et en particulier la police), il s’engagera alors plus ou moins fortement dans des conduites rebelles et des pratiques délinquantes. Et c’est cette même logique interne des bandes, leurs valeurs viriles et les processus d’affirmation par le défi et la surenchère, qui sont en cause dans beaucoup de viols collectifs où les uns s’affirment comme dominants, les autres suivent pour montrer qu’ils en sont aussi capables (« qu’ils en ont ») et ne pas être exclus du groupe.

Dans les viols collectifs, le groupe ou la bande d’adolescents ou de jeunes adultes rencontre une victime vulnérable (parfois fragile mentalement), connue par avance, ainsi qu’une situation propice. La victimes est généralement une adolescente, isolée sur le plan relationnel, en conflit avec sa famille, parfois en fugue, qui se met à fréquenter des groupes d’adolescents plus âgés, dont elles sait pourtant que ce sont des « mauvais garçons » (« lascars », « racailles »), et y affiche son émancipation pour être rapidement intégrée, ayant notamment des relations sexuelles avec tel ou tel d’entre eux. Ce comportement amène alors les adolescents à se déculpabiliser en considérant la jeune fille avec mépris (« elle savait ce qu’elle faisait », « elle l’a bien cherché ») [10]. Un jour, dans une situation propice et pour un prétexte plus ou moins futile, un membre du groupe passe à l’acte et entraîne les autres avec lui. Tel est, schématiquement résumé, le principal (mais non le seul) scénario social qui se perpétue parfois encore de nos jours mais qui n’est ni nouveau dans l’histoire de la société française, ni spécifique aux quartiers pauvres.

Élargir la perspective sociologique

Le stéréotype médiatique qui voit dans les viols collectifs une spécificité des « jeunes issus de l’immigration » constitue une double erreur. Tout d’abord, à d’autres époques, des bandes d’adolescents habitant les quartiers populaires ont eu des comportements similaires. Cela n’a donc pas à voir avec l’origine de leurs parents, ni avec leur éducation. Dans la société française actuelle, c’est parce que le mécanisme de formation des bandes joue beaucoup plus dans les quartiers pauvres des grandes agglomérations que les viols collectifs y sont plus nombreux. Et comme les jeunes habitant ces quartiers sont aujourd’hui massivement d’origine étrangère, il n’est pas surprenant qu’une partie d’entre eux soit impliquée dans les diverses formes de délinquance juvénile, notamment les délinquances en bande [11]. Ensuite, les commentaires habituels ignorent que les viols collectifs se produisent également dans d’autres contextes sociaux. De nombreux travaux contemporains analysent par exemple ce phénomène sur certains campus universitaires américains. Il s’agit ici de « fraternités étudiantes » regroupant le plus souvent des jeunes hommes issus des classes moyennes, voire des milieux très aisés, et à la peau blanche [12].

Par ailleurs, on peut régulièrement lire dans la presse que des procédures judiciaires pour viol en réunion mettent en cause des policiers à l’encontre de prostituées ou encore des surveillants de prison à l’encontre de détenues. Encore récemment, une affaire dramatique mettait en cause non pas des « jeunes de banlieues » mais de jeunes pompiers. La presse en faisait ce récit. A Marseille, une jeune fille de 15 ans sort avec un pompier de 22 ans. La jeune fille est en rupture de ban, elle a fuit ses parents, elle s’affirme notamment dans la recherche de la compagnie d’hommes plus âgés et d’apparence virile. Quelques temps après, son petit ami la livre à dix de ses collègues qui la violent dans leur caserne, non sans avoir payé celui qui s’est ainsi mué en proxénète. La jeune fille se suicidera quelques semaines plus tard [13].

Il convient donc d’élargir le cadre de l’interprétation sociologique. Le viol collectif est un phénomène de groupes de jeunes hommes qui traverse l’histoire et tous les milieux sociaux. Comme l’avait bien vu Pierre Bourdieu :

« nombre de rites d’institutions, scolaires ou militaires notamment, comportent de véritables épreuves de virilité orientées vers le renforcement des solidarités viriles. Des pratiques comme certains viols collectifs des adolescents - variante déclassée de la visite collective au bordel, si présente dans les mémoires d’adolescents bourgeois - ont pour fin de mettre ceux qui sont à l’épreuve en demeure d’affirmer devant les autres leur virilité dans sa vérité de violence, c’est-à-dire en dehors de toutes les tendresses et de tous les attendrissements dévirilisants de l’amour » [14].

Se méfier de la tendance à ethniciser les rapports sociaux

Au cours des années 1990, une tendance à « l’ethnicisation » des rapports sociaux s’est beaucoup développée dans la société française. De plus, l’idée d’un lien entre Délinquance et Immigration s’est largement banalisée dans le champ politique et intellectuel où l’on se préoccupe de moins en moins des recherches en sciences sociales [15]. Enfin, la stigmatisation des jeunes issus de l’immigration n’a cessé de s’amplifier, d’abord à travers le débat sur les « violences urbaines » et l’« insécurité », puis à travers le thème des violences faites aux femmes (dont le viol collectif a paru la manifestation exemplaire) et enfin avec celui du « nouvel antisémitisme ». A tel point que les lectures en termes « ethniques » ou « culturels » se sont largement répandues, parfois jusque dans les sciences sociales. Or, ces lectures globalisantes à la mode s’avèrent particulièrement réductrices et simplificatrices. Elles évacuent les dimensions sociales et politiques des comportements, autant que les problématiques individuelles ou encore les spécificités régionales et locales.

Dans le cas des viols collectifs, nous avons vu que ces lectures ignorent l’histoire, mais aussi les problématiques spécifiques de l’adolescence, de la construction des identités sexuelles et des rapports de sexe. Elles méconnaissent également les dynamiques des sociabilités masculines juvéniles, notamment ce processus singulier qu’est la constitution des bandes et la façon dont elles peuvent évoluer vers des pratiques délinquantes. En définitive, on peut se demander si ces lectures culturalistes ne révèlent pas la banalisation d’une forme ordinaire de xénophobie, dans une société où la peur et les symboles ont remplacé l’analyse des problèmes sociaux et des comportements juvéniles, aussi criminels soient-ils [16].

P.-S.

Cet article est paru dans la revue Sciences de l’Homme et de la Société, n°75 (2005), sous le titre : Tournantes. Un incendie médiatique à démystifier

Notes

[1] Mesure de l’incendie médiatique

L’analyse des titres des dépêches de l’Agence France Presse et de cinq grands quotidiens nationaux (Le Monde, Libération, L’Humanité, Le Figaro, La Croix) permet de saisir rapidement l’évolution de la couverture médiatique d’un sujet. Nous y avons recherché l’occurrence des expressions « viol collectif » et « tournante ». Alors que la première expression est ancienne, la seconde n’apparaît et ne s’impose qu’à partir du moment que nous étudions, pour les raisons que nous venons de voir. Avant décembre 2000 cette expression de « tournante » n’avait apparemment jamais été employée. Il faut dire que les viols collectifs n’occupaient jusqu’alors qu’une place extrêmement faible dans les titres de la presse, essentiellement dans la rubrique des faits divers. Ainsi, au cours des trois années qui précèdent l’incendie médiatique (de 1998 à 2000), on ne compte en moyenne que deux dépêches AFP par an consacrées aux viols collectifs et on ne recense au total que trois articles sur le sujet dans l’ensemble des cinq quotidiens. Le phénomène est donc médiatiquement quasi inexistant. Puis, subitement, le nombre de dépêches AFP consacrées aux viols collectifs est multiplié par dix en 2001, à quoi s’ajoutent celles titrant sur les « tournantes ». L’année suivante, le phénomène se tasse. Il recule nettement en 2003 et enfin s’écroule en 2004.

Si nous étendons la recherche aux titres des dépêches AFP et des quotidiens nationaux depuis 1984, les résultats suggèrent trois choses. D’abord, il se confirme que le terme « tournante » n’est jamais utilisé avant 2001. Ensuite il apparaît que le pic enregistré cette année-là est sans précédent dans son ampleur. Enfin, il apparaît qu’il n’est cependant pas totalement inédit : en 1988-1989, une série de procès pour viols collectifs avaient bien été traités par l’AFP, mais ces dépêches n’avaient suscité pratiquement aucun commentaire dans la presse quotidienne. En d’autres termes, douze ans plus tôt, le même type d’information disponible n’avait pas été jugé digne d’intérêt. A l’inverse, en 2001, « l’offre » d’information que propose l’AFP rencontre cette fois la « demande » des médias. Cette année-là, les quotidiens Le Monde (18 occurrences) et Le Figaro (14 occurrences) arrivent en tête pour le nombre d’articles consacrés au sujet parmi les cinq quotidiens nationaux analysés, rejoints l’année suivante par Libération (11 occurrences en 2002).
Ce changement quantitatif dans le traitement des viols collectifs s’accompagne enfin d’un changement qualitatif. Avant 2001, les dépêches et les articles recensés sont essentiellement des chroniques de faits divers et surtout des chroniques judiciaires, de type descriptif et de taille réduite. A partir de 2001, la montée en puissance spectaculaire de ce sujet se double d’une évolution du type de traitement médiatique qui lui est réservé. Il ne s’agit plus désormais de simples et courts récits des procès en justice, mais de points de vue, d’analyses, de commentaires, de témoignages et de prises de position de professionnels ou d’associations. Bref : de faits divers, les viols collectifs sont devenus sujets de société.

[2] E. GOODE, N. BEN-YEHUDA, Moral panics. The social construction of deviance, Cambridge & Oxford, Blackwell, 1994.

[3] N. GONTHIER, Cris de haine et rites d’unité. La violence dans les villes, 13è-16è siècle, Brépols, 1992, p. 126.

[4] P. ACCOCE, Le syndrome du « barlu », L’Express, 12 septembre 1966.

[5] H. MICHARD, La délinquance des jeunes en France, La Documentation française, 1973, p. 24. Voir aussi Ph. ROBERT, T. LAMBERT, C. FAUGERON, Image du viol collectif et reconstruction d’objet, Masson-Médecine & Hygiène, 1976.

[6] M. ESTERLE-HEDIBEL, La bande, le risque, l’accident, l’Harmattan, 1997.

[7] L. MUCCHIELLI, Recherche sur les viols collectifs : données judiciaires et analyse sociologique, Questions pénales, 2005, 18 (1), p. 1-4 (disponible sur www.cesdip.com).

[8] Voir l’analyse classique et toujours pertinente de Ph. ROBERT, P. LASCOUMES, Les bandes de jeunes. Une théorie de la ségrégation, Editions de l’Atelier, 1973.

[9] D. WELZER-LANG, Virilité et virilisme dans les quartiers populaires en France, VEI Enjeux, 2002, 128, p. 10sqq ; H. KEBABZA, Logiques de genre dans des quartiers impopulaires, Hommes et Migrations, 2004, n°1248, p. 54sqq.

[10] C. HAMEL, « Faire tourner les meufs ». Discours des médias et des agresseurs, Gradhiva, 2003, 33, p. 85-92.

[11] L. MUCCHIELLI, L’évolution de la délinquance juvénile en France (1980-2000), Sociétés contemporaines, 2004, 53, p. 101-134.

[12] P. SANDAY, Fraternity gang rape : sex, brotherhood and privilege on campus, New York University Press, 1990.

[13] Voir Le Monde et Libération du 28 juillet 2004.

[14] P. BOURDIEU, La domination masculine, Seuil, 1998, p. 58.

[15] Un point sur ces recherches et ce débat dans L. MUCCHIELLI, Délinquance et immigration en France : un regard sociologique, Criminologie, 2003, 2, p. 27-55.

[16] Depuis la loi du 23 décembre 1980, le viol est défini comme « tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui, par violence, contrainte ou surprise » (article 222-23 du Code pénal en vigueur), la jurisprudence ayant précisé depuis 1984 que la fellation était assimilée à la pénétration sexuelle. Le viol est passible de quinze ans de prison. La peine peut monter à vingt ans lorsque le viol est accompagné d’une circonstance aggravante, notamment « lorsqu’il est commis par plusieurs personnes agissant en qualité d’auteurs ou de complices » (article 222-24), c’est-à-dire lorsqu’il s’agit d’un viol collectif.