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Naissance d’une nation blanche (Première partie)

Griffith et la question noire

par Enrique Seknadje
5 mai 2010

Ce texte découle d’une analyse approfondie du film. Il ne prend pas comme objet premier sa forme, laquelle a déjà fait l’objet de beaucoup d’études. Nous tenons à dire, en préambule, que nous considérons que c’est parce que le cinéaste américain a une maîtrise certaine de son art et de ses potentialités expressives qu’il est en mesure de faire passer relativement « aisément » certaines idées pernicieuses que nous tentons ici de mettre en lumière.

The Birth of a Nation, Naissance d’une Nation, est considéré comme un film-clef dans l’Histoire du Cinéma. Son auteur, David Wark
Griffith, comme un des premiers grands maîtres du septième art, instaurateur, à la fin de la première décennie du vingtième siècle et au début de la
seconde, des bases d’un « langage cinématographique » avant lui balbutiant et, grâce à lui, en voie d’un développement amené à durer.

Griffith réalise The Birth of a Nation en 1914. C’est la première fois qu’une œuvre cinématographique américaine est aussi longue (12 bobines). La
publicité vantera tous les records que le film aurait dépassé en termes de coût de production, d’importance des décors, du nombre de figurants, etc.
En réalité, les nombres, grandeurs et longueurs sont plus modestes que revendiqués, mais le spectacle est véritablement grandiose pour l’époque.

Griffith a recours de façon systématique et réfléchie à des formes filmiques peu utilisées jusqu’alors, et qu’il a eu le loisir d’expérimenter, à plus
petite échelle, dans le cadre de ses activités de réalisateur au sein de la société de production Biograph, entre 1908 et 1913 : parmi elles le cache
dans l’image, le gros plan de visage, le montage alterné, les mouvements de caméra…

Le film remporte un très grand succès mais est l’objet de violents conflits et polémiques du fait de son sujet et de la manière, partisane, dont il est
traité : l’esclavage dans certains Etats-Unis d’Amérique, la guerre de Sécession, la Reconstruction. La représentation des Noirs constitue la pierre
d’achoppement de The Birth of a Nation. Nous en ferons ici l’étude.

La représentation des Noirs

Les Noirs mis en scène dans The Birth of a Nation peuvent être regroupés en trois catégories : ceux qui restent fidèles à leurs maîtres sudistes, ceux
qui trahissent ces maîtres ou appartiennent aux forces armées nordistes, c’est-à-dire qui n’ont pas de statut d’esclave ou l’ont rejeté, et ceux, enfin,
qui manipulent les membres de cette deuxième catégorie et cherchent à établir un ordre noir dans les Etats du Sud en niant les droits des Blancs.

Les Noirs fidèles sont relativement proches du protagoniste de His Trust et His Trust fullfilled, deux films que Griffith réalise en 1911 pour la
société de production Biograph [1]. George, le protagoniste, est un serviteur qui prend soin de la jeune fille de son maître sudiste, à la
mort de celui-ci puis à la mort de la mère, comme il en a fait la solennelle promesse, et qui se sacrifie pour son éducation [2].

La principale d’entre ces Noirs fidèles, dans The Birth of a Nation, est la servante de la famille sudiste Cameron. Ce personnage sympathique, au
physique maternel, au comportement spontané, au langage plein d’ironie, accompagne la famille dans ses aventures, partage ses joies, ses
indignations et ses souffrances. Elle voit d’un mauvais oeil les Noirs « libres » qui travaillent au service des nordistes, surtout quand ceux-ci, se
prenant pour des Blancs, pensent pouvoir lui donner des ordres [3].

Les Noirs qui sont aux côtés des nordistes, ou rejoignent leur camp, se comportent pour la plupart comme des individus sauvages et incultes. Griffith
prend la précaution de préciser, à travers un intertitre, que ce sont souvent des Blancs anti-esclavagistes qui exploitent leur ignorance foncière des
lois de la « civilisation » et de la démocratie, leur lâcheté, leur violence et leur sexualité bestiale. Mais cela n’est pas toujours clairement visible à
l’image. Les Noirs paraissent parfois complètement livrés à eux-mêmes. Il y a bien sûr la scène de la session du Parlement de Caroline du Sud, où ils
se montrent ignorants des moindres règles du savoir-vivre et où ils ridiculisent par leurs décisions l’exercice de la démocratie. Il y a les conséquences
immédiates de la loi sur les mariages mixtes qui est votée lors de cette session, notamment l’agression de Flora Cameron par le milicien Gus.

Mais il y a également des moments moins aisément perceptibles, qui participent de la représentation négative de l’action d’esclaves ou d’hommes en
armes déchaînés : lors de l’attaque de Piedmont, une harpie noire, qui apparaîtra d’ailleurs à plusieurs reprises par la suite, s’acharne à coups de pied
sur le cadavre d’un vieil homme que le meneur blanc a tué d’un coup de pistolet. Sa hargne sadique n’a d’égale que celle du milicien noir qui, à la fin
du film, transperce avec la baïonnette de son fusil l’un des vétérans nordistes qui offre généreusement refuge aux Cameron. Lors de la préparation
des élections organisées par les Ligues du Sud, un Noir affirme :

« Si je n’ai pas assez de bulletins de vote pour remplir mon seau, je n’en veux pas du tout »

(« If I doan’ get ‘nuf franchise to fill my bucket i doan want it nohaw »).

Nous interprétons cette remarque comme une sorte d’élan naïf vers la tricherie électorale ou tout au moins comme une ignorance coupable.
Apparaîtra d’ailleurs, un peu après, un votant noir mettant deux bulletins dans une urne.

Il y a enfin la caste toute particulière de ceux qui veulent instaurer le pouvoir noir au Sud avec l’aide du politicien Radical Austin Stoneman. Ce sont les
personnages les plus dangereux. Ils sont mulâtres, fruits de l’union charnelle impardonnable entre Blancs et Noirs. Sylas Lynch et sa complice Lydia
Brown, servante d’Austin Stoneman, en sont les représentants. Leur élimination probable, à la fin du film, consacre une politique de ségrégation
radicale apparemment défendue par l’auteur du film.

Quelques personnages importants

Lydia Brown est une femme hystérique et autoritaire. Elle séduit Austin Stoneman qui a la faiblesse de céder à ses charmes vénéneux. Elle est l’âme
noire du politicien radical. Quand est annoncé à celui-ci l’assassinat de Lincoln, placée juste derrière lui comme un oiseau de mauvais augure, elle le
félicite machiavéliquement parce qu’il devient le maître de l’Amérique – et semble se féliciter elle-même. Et quelques instants après, elle semble
encore plus contente lorsqu’elle entend que Stoneman fait de Sylas Lynch, le complice de la jeune femme, son bras droit.

Lynch est présenté comme un individu assoiffé de pouvoir qui trahit son protecteur. La représentation des deux personnages et de leurs rapports
n’est cependant pas toujours claire, cohérente. Et Stoneman lui-même, à travers la vision qu’en donne Griffith, apparaît comme un homme
contradictoire, ambigu. Il est décrit comme un « grand » parlementaire (« a great parliamentary leader »), mais se montre irresponsable en confiant
une partie de son pouvoir à Lynch et faible en cédant aux charmes pernicieux de Lydia Brown. Et il fait preuve de lâcheté en quittant Piedmont après
le suicide de Flora et l’exécution du milicien Gus, pour ne pas avoir à subir les conséquences politiques du drame. On notera que les caractéristiques
négatives du personnage se lisent sur son corps autant que dans son comportement : il est de santé fragile, porte une perruque, est pied-bot, lippu.

Le personnage d’Austin Stoneman est inspiré d’un homme politique ayant existé et qui se nommait Thaddeus Stevens. Thaddeus
Stevens est né en avril 1792 dans le Vermont. Il était de santé fragile et avait, semble-t-il, une difformité du pied – les textes et notices biographiques
divergent cependant sur ce point. Il a embrassé la carrière d’enseignant et de juriste. Il est élu au Congrès en 1848 comme abolitionniste Whig, puis
en 1858 en tant que Républicain radical abolitionniste – les dates variant suivant les sources : 1856, 1858, 1859 – et a semble-t-il été réélu à son
poste tous les deux ans jusqu’en 1866. Stevens était contre l’esclavage, pour les droits civiques des Noirs et pour une vraie égalité entre ceux-ci et
les Blancs, et aussi, c’est important, en faveur des mariages interraciaux.

Après avoir soutenu Lincoln dans un premier temps, il s’est opposé à un certain attentisme du Président en exercice, à ses hésitations politiques
concernant le problème de l’abolition de l’esclavage et de l’égalité entre Noirs et Blancs. Il s’est surtout opposé au successeur de Lincoln, Andrew
Johnson, qui a mené une politique de Restauration, une certaine forme d’ante statu quo – le terme de « Restauration » pouvant être ici opposé à l’idée
d’une « Reconstruction ». Il a joué un rôle dans la procédure de destitution lancée contre Johnson en août 1867 [4].

Stevens est connu pour avoir révolutionné les institutions au Sud, pour avoir voulu traiter les états les Sud comme des « provinces conquises », pour
avoir voulu punir fermement les sécessionnistes, et voulu distribuer aux affranchis de la terre confisquée aux sudistes. Sa politique n’a pas abouti.

Du point de sa vie privée, Thaddeus Stevens a probablement eu une relation avec sa domestique qui était mulâtresse, Lydia Smith. Celle-ci a vécu avec
lui jusqu’à sa mort, en 1868.

Le Pasteur raciste Thomas Dixon, auteur de The Clansman, dont s’est inspiré Griffith pour son film [5], a représenté les Présidents Abraham Lincoln et Andrew Johnson, le Général – et futur Président – Ulysses
S.Grant, le Sénateur Charles Sumner. Griffith a représenté Lincoln, Grant, le Général Lee, Charles Sumner [6]. Les deux auteurs ont transformé en revanche Thaddeus Stevens en Austin
Stoneman. Peut-être parce que le personnage devait pouvoir être intégré pleinement à la fiction, parce qu’il représente une « attitude » idéologique et
morale plus qu’un personnage historique unique... Les deux auteurs ont pris de grandes libertés avec la réalité historique. Donaldo Totaro affirme :

« Dans le film, Stoneman a deux enfants, mais Stevens n’en avait aucun en réalité et le vrai Stevens [sic] n’a jamais visité le Sud comme Stoneman le
fait dans le film »
 [7].

Donaldo Totaro ne précise pas que dans le film Austin Stoneman a également une fille. Cela dit, Lydia Smith avait deux enfants.

On peut considérer que Lynch trahit Stoneman parce que celui-ci souhaite simplement l’égalité entre Blancs et Noirs alors que celui-là veut établir un
Empire noir, à son profit, en écrasant les sudistes blancs. Mais Stoneman, lorsqu’il apprend l’existence du K.K.K. affirme bien que « le Sud blanc sera
foulé au pied par le Sud noir »
. Il est, en fait, probablement pris dans un engrenage de violence qu’il ne contrôle pas ou plus... L’inacceptable consiste
alors peut-être, signifie Griffith, dans le fait que Lynch veut s’unir à la fille de son protecteur blanc. Stoneman félicite Lynch lorsque celui-ci lui
annonce qu’il va épouser une blanche. C’est quand il apprend que cette femme est Elsie que le politicien radical rugit de colère. Est-ce le salutaire
instinct de survie du Blanc refusant le mélange des « sangs » qui est ainsi mis en avant, ou l’hypocrisie de l’anti-esclavagiste qui ne se révolte que
lorsqu’il est concerné directement par la politique qu’il a mise inconsidérément en place ? Hypocrisie dont d’ailleurs le cinéaste montre qu’elle est une
caractéristique de tous les abolitionnistes plus ou moins déclarés [8].

L’impression laissée par The Birth of a Nation est que les Noirs qui restent fidèles aux sudistes sont représentés par Griffith comme de bons et
sympathiques individus, et que les Noirs sortant des conditions de vie et de travail que leur ont créées les sudistes sont plutôt, aux yeux du cinéaste,
de mauvais et dangereux sujets. Ces jugements sont rendus possibles entre autres parce que le cinéaste ne montre jamais l’existence des Noirs au
Sud comme étant celle de véritables esclaves et parce qu’il présente les sudistes comme des hommes magnanimes et tolérants.

Le travail des Noirs dans les champs de coton ne semble pas particulièrement rude. Un carton précise que ceux-ci travaillent douze heures par jour et
qu’ils ont deux heures pour déjeuner. Cela paraît un sort enviable pour l’époque ! D’ailleurs Ted et Phil Stoneman ne protestent pas contre cette
situation lorsqu’ils viennent rendre visite à leurs amis. Pourquoi le feraient-ils ?... Les serviteurs sont bien traités par leurs maîtres. Ils font presque
partie des familles qui les emploient. L’assassinat de Lincoln, le Président « ami » des sudistes, est perpétré par un individu dont Griffith ne nous dit
pas qu’il est un fanatique acquis à la cause des rebelles. Phil et Elsie Stoneman semblent le connaître. C’est plausible puisque John Wilkes Booth était
un acteur de théâtre, mais cela ne pourrait-il pas laisser étrangement croire qu’il est lié aux nordistes ? [9]

Alors qu’il est clair que les Carpetbaggers sont des aventuriers véreux venant du Nord pour profiter de la débâcle des rebelles [10], les Scalawags,
sudistes ralliés à la cause républicaine [11], sont présentés de façon beaucoup plus floue. Il n’est pas fait mention, dans le film, de la promulgation des Codes Noirs à
travers lesquels plusieurs Etats du Sud ont tenté, pour contrecarrer les effets de l’émancipation des esclaves, de faire perdurer la ségrégation raciale,
et qui ont poussé certains Républicains à radicaliser leurs positions anti-sudistes. Le K.K.K. n’apparaît pas ainsi comme une force agressive mais avant
tout défensive.

À propos du projet de déportation des Noirs en Afrique élaboré par le Pouvoir américain

Certains commentateurs de The Birth of a Nation affirment que Griffith aurait tourné pour son film une scène finale dans laquelle il représentait la
déportation, déguisée en « retour », des Noirs en Afrique [12]. Une déportation susceptible d’apporter une solution au problème de l’esclavage.

Devant le scandale provoqué par cette fin, Griffith l’aurait retirée de son oeuvre. Le problème est que, si effectivement il a tourné cette scène et l’a
insérée dans son récit filmique, c’est elle qui était susceptible de conférer au film sa logique interne. The Birth of a Nation, dans la version que nous
connaissons, semble une oeuvre relativement incohérente. En effet, si la présence des [esclaves] Noirs est à l’origine de la lutte fratricide entre
sudistes et nordistes [13], bien avant que ceux-ci aient été encouragés à prendre
le pouvoir au Sud par des félons comme Sylas Lynch, on peut se demander comment l’Union peut-être retrouvée à travers le simple retour des Noirs
dans leur cases, sans que leur situation d’esclaves soit présentée comme ayant concrètement changé, sans qu’ils aient disparu du paysage américain –
et ce même si Griffith a eu soin, au début du récit, d’annoncer que le mode de vie sudiste était amené à disparaître... Significativement, à ce propos, la
Proclamation par Lincoln, fin 1862, de l’émancipation des esclaves n’est pas mentionnée dans The Birth of a Nation.

Thomas Dixon a affirmé que cette « solution » avait été imaginée par Lincoln lui-même...
Dans son discours du 26 juin 1857 connu sous le titre de « Speech on the Dred Scott decision » [Discours sur la décision de Dred Scott] [14], Lincoln se prononce pour
une séparation des races, contre leur amalgame. S’affirmant également et cependant contre l’esclavage et son extension, il considère que la solution
est la « Colonisation »… c’est-à-dire l’envoi des Noirs en Afrique. Il met en parallèle la situation des esclaves aux Etats-Unis, susceptibles d’un retour
sur leur terre d’origine – si l’on peut dire – à celle des Hébreux opprimés par les Egyptiens.

Un autre exemple : en pleine guerre de Sécession, en août 1862, le Président reçoit à la Maison Blanche un comité composé de Noirs – fait semble-t-
il sans précédent. Le Président leur explique que la réalité de l’esclavage pose un problème tragique aux deux races… les Noirs sont opprimés et les
Blancs s’entredéchirent à propos de leur situation. Par ailleurs, il affirme que l’émancipation des esclaves ne mettrait pas fin aux conflits, à
l’oppression. La seule solution est pour lui, là encore, la « Colonisation »… en Afrique (au Libéria, par exemple) ou en Amérique Centrale (Lincoln
pense à cette époque à des îles dans la mer des Caraïbes).

En fait, depuis longtemps, chez les abolitionnistes comme chez les esclavagistes, l’idée d’un retour des esclaves en Afrique, d’une séparation est
souhaitée, considérée comme nécessaire, expérimentée.

En 1787/88, une société anti-esclavagiste anglaise avait acquis le Sierra Leone pour y installer des esclaves noirs affranchis. La capitale s’appellera
significativement Freetown (Ville libre).

Une société nommée The American Colonization Society est créée en 1816 pour donner vie à l’idée d’une émigration des esclaves libérés. Daniel
Webster, qu’évoque Griffith dans The Birth of a Nation, fait partie de cette organisation [15].

L’idée de cette émigration découle d’une volonté de séparation absolue entre Blancs et Noirs - souhaitée vivement ou considérée comme difficilement
évitable. En 1820, un bateau est envoyé en Afrique pour y créer une nouvelle colonie. En une dizaine d’années, un peu plus de 2600 Afro-Américains
seront amenés sur ce territoire. En 1842, un premier gouverneur non blanc est nommé. En 1847 cette colonie, le Libéria, devient indépendante. La
capitale a pour nom Monrovia, en l’honneur du président américain James Monroe [16]. Dans les années 1830, ce projet, qui a contre lui les
leaders noirs (qui considèrent les Etats-Unis comme leur pays) et beaucoup d’abolitionnistes, perd de son actualité. Il reprend de l’importance dans
les années 1850. Mais, en fait, il n’a jamais pu concrètement aboutir.

La position de Lincoln par rapport à la question du mélanges des « races », sa volonté de tirer, à la fin de la guerre, un trait sur la Sécession des Etats
du Sud, expliquent en partie pourquoi Dixon et Griffith le font passer aux yeux des sudistes mis en scène comme un ami, un allié. Et pourquoi il a été
perçu de cette façon par les vaincus, et considéré comme un « traître » par certains nordistes radicaux.

Deuxième partie

Troisième partie

P.-S.

Bibliographie

James Agee, « David Wark Griffith », in D.W. Griffith - Le Cinéma, Centre Georges Pompidou/L’Equerre, Paris, 1982, p.17.

Ira H. Gallen, « Seymour Stern : American Film Critic, Guardian and Prophet » http://www.tvdays.com/stern.htm

Abraham Lincoln, « Speech on the Dred Scott decision », http://www.freemaninstitute.com/lincoln.htm ou
http://www.ashbrook.org/library/19/lincoln/dredscott.html,

Russell Merritt, « Dixon, Griffith e la leggenda del Sud », in Griffithiana, 9-10-11, gennaio 1982.

José Seknadje-Askénazi, « De la traite des Noirs au droit à la différence », in Analyses et Réflexions sur La Liberté, Ellipses, Paris 1982.

Pierre Sorlin, « La Naissance d’une Nation ou la reconstruction de la famille » et « Histoire d’un film », in La Naissance d’une nation, L’Avant-Scène,
n°193-194, 1er/15 octobre 1977.

Seymour Stern « White Supremacy and White Unity Gave The Birth to the American Nation », in Film Culture, 1965.

Donato Totaro, « The Birth of a Nation : Viewed Today », http://www.horschamp.qc.ca/new_offscreen/birthofnation.html

Mimi White, « The Birth of a Nation : History as Pretext », in Robert Lang ed., The Birth of a Nation : D.W. Griffith, Director, New Brunswick, N.J. :
Rutgers University Press, 1994.

Notes

[1] Griffith fait ses débuts de réalisateur dans cette société new yorkaise. Il y réalise de très nombreux films d’une
bobine (300 mètres de pellicule, une dizaine de minutes de film) comme c’était l’habitude à l’époque. C’est entre autres pour réaliser des films plus
longs et plus ambitieux qu’il quitte la Biograph.

[2] His Trust et His trust
fullfilled
semblent être les seuls films Biograph de Griffith ayant pour protagoniste un Noir.

[3] On mettra au crédit de Griffith une bonne compréhension de certains mécanismes
psychologiques liés aux rapports de pouvoir : celui qui est exploité ou dominé cherche parfois un individu (qui lui ressemble) ou une classe sur lequel
ou laquelle il va pouvoir exercer, lui aussi, par identification à son maître, une autorité arbitraire, une sorte d’ascendant vengeur.

[4] Andrew Johnson était Vice-Président
lorsque Lincoln a été assassiné. Il est devenu Président sous la bannière républicaine, en 1865 et l’est resté jusqu’en 1869. La procédure de
destitution lancée contre lui a échoué a une voix près, en mai 1868. Les Radicaux ont reproché à Johnson sa politique d’opposition à l’obtention par
les Noirs de leurs droits civiques et d’amnistie des responsables de la Confédération, dans une premier temps, puis de tous ceux qui avaient soutenu
celle-ci. Johnson était connu pour sa position d’esclavagiste. Il a commencé sa carrière politique au sein du camp démocrate mais n’a pas fait
sécession comme d’autres Etats anti-abolitionnistes. C’est pour cette raison que Lincoln l’accepte sur sa liste pour les élections de 1864.

[5] Griffith s’est également inspiré du roman de
Dixon intitulé The Leopard’s Spots.

[6] Le film de Griffith a d’abord été intitulé The
Clansman, notamment quand il est projeté le 8 février 1915 à Los Angeles. On admet généralement que ce serait Dixon qui aurait proposé, en voyant
l’ampleur narrative du film, de le rebaptiser The Birth of a Nation lors d’une projection à New York, devant un public réduit, le 20 février 1915. Le 3
mars 1915, il est projeté officiellement à New York sous ce nouveau titre .

[7] Donato Totaro , Birth of a Nation : Viewed Today, http://www.horschamp.qc.ca/new_offscreen/birthofnation.html [Notre
traduction].

[8] Que l’on se reporte au comportement de la femme qui au tout début du film
préfère pleurer dans son mouchoir sur le sort des Noirs plutôt que de donner de l’argent pour améliorer concrètement leur sort ; à celui de Lydia
Brown qui méprise manifestement sa servante noire et à celui du sénateur Charles Sumner envers Lydia Brown ; à celui, enfin, d’Elsie Stoneman qui
veut faire fouetter Sylas Lynch lorsque, impudent, il la demande en mariage.

[9] Griffith montre dans son film que certains
nordistes considèrent Lincoln comme un traître et certains sudistes comme un allié.

[10] Le terme de « 
carpetbagger » est péjoratif. Il signifie assez littéralement un « porteur de bagage en tissu de tapis ». Les Carpetbaggers étaient généralement des
représentants du parti républicain, parti de l’Union, descendant dans le sud vaincu pour se faire élire devant les candidats démocrates liés
historiquement au mouvement sécessionniste. Ce sont des politiciens opportunistes que l’on dirait de nos jours « parachutés ».

[11] Le terme de « scalawag » désigne dans le langage courant américain les animaux de ferme de mauvaises
conditions physiques, qui ne valent rien. Il sert à nommer de façon péjorative les sudistes blancs qui sont restés fidèles à l’Union ou qui sont passés
à un certain moment du parti démocrate au parti républicain, généralement par opportunisme. Pour les sécessionistes ce sont des renégats, des
traîtres, des vauriens.

[12] Cf. Russell Merritt, « Dixon, Griffith e la leggenda del Sud », in Griffithiana, 9-10-11,
gennaio 1982, p. 105. Et également Pierre Sorlin, « Histoire d’un film », in La Naissance d’une Nation, L’Avant-Scène, n°193-194, 1er/15 octobre
1977, p.15.

[13] « The bringing of the African to America planted the first seed of disunion » [« La déportation des Africains en Amérique
planta la première graine de la désunion »
], est il écrit dans un des premiers cartons du film.

[15] Daniel Webster est un homme politique qui a été attaqué
par certains anti-esclavagistes pour un compromis signé en 1850 visant à satisfaire autant les Etats esclavagistes que les Etats abolitionnistes, et
promulguant une loi visant à réprimer la fuite des esclaves et ceux qui la soutenaient.

[16] Président de 1816 à 1825, Monroe a tenté d’apaiser les conflits
entre le Nord et le Sud sur la question de l’esclavage et est l’instigateur de ce que l’on appelle le « compromis du Missouri ». En 1820, ce compromis
permettra au Missouri de devenir un Etat de l’Union malgré l’esclavage qui y était pratiqué.