

Tout homme aujourd’hui raisonnablement progressiste se doit, surtout dans les milieux « éduqués », de soutenir le principe de l’égalité entre les hommes et les femmes. Quant aux militants, c’est souvent avec empressement qu’ils se disent nos « amis ». Certains accourent quand un groupe féministe se constitue, et ne manquent pas d’exprimer leur désapprobation quand celui-ci se déclare non mixte, signifiant par là que le concours des hommes n’est pas souhaitable ni même désirable. J’en ai même connu qui, soucieux de prouver leur radicalité, allaient jusqu’à reprocher aux femmes de ne pas être assez féministes [1].
Ces « amis », boxeur ou auteur, prolo, instit ou avocat, socialistes, communistes, trotskistes, anarchistes, antiracistes et j’en passe, nous avons appris à nous en méfier. Et même à rigoler d’eux. Mais cela ne doit pas nous faire oublier que persiste un sexisme de gauche ouvert et brutal : du mépris des femmes et du dénigrement de leur cause jusqu’à la violence physique que, dans tous les milieux sociaux jusqu’aux partis les plus révolutionnaires, certains hommes sont capables d’exercer.
« Pauv’ blonde » est une insulte sexiste ; elle renvoie aux blagues misogynes sur les cheveux blonds comme marqueur physique de la débilité et de la futilité des femmes. C’est aussi un pitoyable slogan antipub, qui signale que son auteur n’a pas compris que les cibles devaient être les agences de publicité, la société de consommation, le capitalisme, la RATP, tout ce qu’il veut, mais certainement pas les femmes que l’on fait poser sur les affiches.
Car ces femmes, effectivement blondes de préférence, minces obligatoirement, jeunes et jolies bien sûr, ne sont que la manifestation visible d’un système qui ne se contente pas de matraquer aux citadins qu’il faut consommer, mais qui le fait précisément en réduisant les femmes au statut d’objet, de « sans cerveau ».
Loin de voir cela, le militant anti-pub, dans un mélange de naïveté confondante et d’aveu effrayant, s’attaque aux femmes malheureusement exhibées sur les murs de nos villes plutôt qu’au système qui les y relèguent, pour faire vendre. Sans doute croit-il malin de pointer la supposée « aliénation » des femmes, passant ainsi sous silence le système qui, peut-être génère leur alinéation, mais surtout fait perdurer le patriarcat. Et au final, et bien, pourquoi ne pas se défouler un coup et les traiter de « pauv’ blonde » ou de « connasse » ?
Alors, à chaque fois que j’aperçois cette affiche de la rame de métro où je me trouve, je murmure : pauv’ mec…
