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Un négationnisme respectable

Réflexions sur la « guerre des mémoires » et la « concurrence des victimes », suite à « l’Affaire Dieudonné » et à la « Non-Affaire Max Gallo »

par Pierre Tevanian
27 janvier 2014

Publié il y a neuf ans, ce texte reste hélas d’actualité – la situation n’ayant fait, depuis une décennie, que se radicaliser de toutes parts : la dérive politique de Dieudonné d’une part, qui l’amène désormais à voir des sionistes partout où il y a des juifs, en déclarant par exemple que l’éditeur Fernand Nathan était un sioniste, ou en incriminant « les sionistes » y compris comme instigateurs du mariage homosexuel, destiné à démolir la belle et bonne famille française... La dérive de l’Etat d’autre part, toujours plus radical et démonstratif contre l’antisémitisme et Dieudonné, toujours plus complaisant avec la xénophobie, la négrophobie, la romophobie et l’islamophobie... C’est cette articulation entre deux dérives conjointes, qui s’auto-alimentent aujourd’hui dans un combat de coqs entre l’entrepreneur de spectacle et le ministre de l’Intérieur, qui fait l’objet des lignes qui suivent.

Les récents propos de Dieudonné mélangeant dans la plus grande confusion la juste dénonciation de la non-reconnaissance de l’esclavage, la juste solidarité avec le peuple palestinien et les allusions les plus douteuses sur les Juifs, leur prétention d’être un « Peuple élu » et leur rapport au « Dieu Argent » [1], ont suscité une condamnation légitime et même nécessaire de la part d’organisation comme le MRAP et la Ligue des Droits Humains. Ce qui est regrettable, et qui risque d’alimenter encore longtemps la « concurrence des victimes », c’est que la juste condamnation des propos de Dieudonné s’accompagne d’une sur-médiatisation [2] et d’une campagne outrancière faisant de Dieudonné « un Le Pen bis » [3] et l’« un des plus grands antisémites de France » [4], contrastant singulièrement avec le silence assourdissant qui a suivi, tant dans le monde associatif et politique que dans les grands médias, des propos d’un racisme et d’un négationnisme franc et massif : ceux qu’a tenus à la télévision, quelques semaines auparavant, un certain Max Gallo.

Samedi 4 Décembre 2004, au journal de 13 heures de France 3, l’historien et biographe Max Gallo est l’invité de Catherine Matausch à l’occasion du bicentenaire du sacre de Napoléon dont il a écrit une biographie en quatre volumes. Après un reportage rappelant le rétablissement de l’esclavage par Napoléon, l’interdiction du territoire métropolitain aux « nègres et autres gens de couleur » le 2 juillet 1802, et l’interdiction des mariages mixtes le 3 janvier 1803, Catherine Matausch interpelle Max Gallo :

« Alors quand on parle de Napoléon on n’évoque jamais cette décision de rétablir l’esclavagisme, pourquoi ? »

Le biographe - le terme hagiographe serait sans doute plus exact - répond ces mots terribles :

« Non, jamais, vous exagérez. On le fait, mais moi-même je peux dire que je l’ai fait, peut-être pas de façon suffisante. Parce que c’est vrai que dans l’inconscient même de l’historien, quand il travaille, à moins qu’il ne soit directement concerné par le sujet...Cette tache, car c’est une tache réelle, est-ce que c’est un crime contre l’humanité ? Peut-être, je ne sais pas. Je crois qu’il a incarné en tout cas les valeurs révolutionnaires en dépit de tout ça... »

Après les chambres à gaz « point de détail de l’histoire de la seconde guerre mondiale », voici donc l’esclavage simple « tâche » dans la belle épopée révolutionnaire française. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que Max Gallo réduit cet indiscutable crime contre l’humanité au rang de « détail ». Au mois d’octobre 2002, déjà, il avait déclaré, en direct sur Canal + :

« Oui, Napoléon a rétabli l’esclavage aboli par la convention en 1794... mais pour le sens de l’histoire cela n’était pas important ».  [5]

Trois poids, trois mesures

Souvenons nous : pour avoir mis en doute l’existence des chambres à gaz, et les avoir réduites en tout état de cause au rang de « point de détail », Jean-Marie Le Pen fut en son temps condamné unanimement par la classe politique, le monde associatif et médiatique - et on ne peut que se réjouir de cette unanimité. Il fut également poursuivi en justice et condamné. Pour avoir lui aussi mis en doute la réalité d’un génocide des Juifs, Roger Garaudy fut lui aussi condamné, comme l’avait été Faurisson avant lui.

Pour avoir mis en doute l’existence d’un génocide des Arméniens, l’historien Gilles Veinstein n’a été ni poursuivi en justice, ni même écarté de la Chaire d’ Etudes ottomanes du Collège de France à laquelle il avait postulé. Son élection suscita toutefois une controverse qui fut relayée par la grande presse - même si la plupart des éditorialistes et de nombreux universitaires prirent le parti de l’historien négationniste au nom des libertés académiques... [6]

Et aujourd’hui, enfin, pour avoir mis en doute le fait que l’esclavage soit un crime contre l’humanité, et pour avoir à deux reprises relégué ce crime au rang de point de détail, Max Gallo n’a eu à affronter ni la justice, ni la désapprobation du monde politique et associatif (à l’exception de réseaux associatifs africains ou antillais, bien seuls à protester). Il continue de parader régulièrement sur les plateaux de télévision, où il vient donner son petit point de vue sur à peu près tout.

Il y a donc un problème. Car si le mouvement antiraciste est divisé sur la pertinence et l’efficacité des lois Gayssot sanctionnant le négationnisme, ou plus largement sur la place que doivent avoir les poursuites pénales contre les discours publics au sein du combat plus large contre l’idéologie et les pratiques racistes [7], il est en revanche unanime - et c’est heureux - pour condamner par principe tout négationnisme et pour considérer que la non-reconnaissance d’un crime est vis-à-vis des victimes et de leurs descendants un outrage qui réitère ou prolonge, sur le plan symbolique et psychologique, la violence de ce crime. Mais force est de constater que cette condamnation de principe ne s’accompagne pas d’une égale vigilance ni d’une égale capacité de réaction face à tous les négationnismes : dans l’espace public français d’aujourd’hui, nier ou mettre en doute la Shoah provoque un tollé et une mobilisation générale - et c’est tant mieux - tandis que nier ou mettre en doute le génocide arménien provoque un petit scandale - et c’est insuffisant - et que nier ou mettre en doute le crime contre l’humanité subi par les Noirs ne provoque rien du tout - et c’est une honte.

D’autres parallèles seraient possibles, notamment avec la Colonisation, dont le caractère intrinsèquement criminel est largement nié ou minimisé, aussi bien dans la culture de masse [8] que dans les programmes scolaires - sans parler du Parlement qui vient de voter une loi visant à célébrer, jusque dans l’enseignement, le « rôle positif de la présence française Outre-mer » [9].

L’impasse Dieudonné

À partir de ce constat, les difficultés commencent. Le cas de Dieudonné est là pour nous rappeler les dérives auxquelles ce juste constat peut conduire s’il n’est pas réfléchi et analysé politiquement : concurrence des victimes, focalisation sur un « lobby sioniste » considéré comme unique responsable de l’occultation des autres crimes... - bref : construction d’un nouveau bouc émissaire et retour des vieux habits de la rhétorique antisémite (« Dieu argent », « Peuple élu », « pleurnicheries »...).

Cela dit, les dérives de Dieudonné ne doivent pas nous faire oublier la part de vérité sur laquelle viennent s’agréger rancoeurs, amalgames et provocations racistes : une indiscutable inégalité de traitement dans la reconnaissance des différents crimes contre l’humanité, dont témoigne le silence de mort qui a accompagné les propos négationnistes de Max Gallo. En d’autres termes, une fois condamnés les propos de Dieudonné, tout reste à faire.

Pour commencer, précisons que la formule « pornographie mémorielle », s’il n’y avait eu qu’elle, n’aurait pas posé de problème de racisme : cette formule peut être un moyen polémique, choquant certes, mais pas raciste, de critiquer un traitement sensationnaliste de la Shoah, privilégiant l’émotion suscitée par des images d’archive insoutenables plutôt que la réflexion sur les causes du crime et les moyens d’en tirer des leçons pour le présent. Le problème est que Dieudonné ne l’a pas employée en ce sens, et qu’il a tenu, autour de cette dénonciation de la « pornographie mémorielle », des propos beaucoup plus problématiques (ces propos sont mentionnés dans la note 1).

Reconnaissons aussi que les « extrémistes sionistes » que dénonce Dieudonné existent bel et bien, que leurs positions tant sur le conflit israélo-palestinien que sur la politique intérieure française sont détestables et doivent être combattues [10] et que certains d’entre eux tiennent effectivement des discours inacceptables invoquant « l’unicité de la Shoah » pour relativiser la gravité des autres crimes contre l’humanité.

Mais ajoutons immédiatement que ces extrémistes sionistes ne sont ni les seuls ni même les principaux responsables de l’occultation du tort fait aux Noirs. C’est sur ce point que le discours de Dieudonné commence à dériver : dans la surestimation de leur pouvoir de nuisance - surestimation qui aboutit à une focalisation sur un « unique responsable », autrement dit sur un bouc émissaire, qui rappelle les pires stéréotypes antisémites - et cela d’autant plus que Dieudonné a parfois glissé de « sionistes » à « juifs », et même « les Juifs » [11].

Au-delà du cas de Dieudonné, c’est là que commencent souvent les dérives : dans l’idée simpliste et mécanique selon laquelle le trop peu de place occupée par la souffrance des Noirs dans la mémoire nationale, dans les programmes scolaires et dans les consciences antiracistes serait dû au fait que « les Juifs prennent toute la place ». En réalité, tout s’oppose à cette vision simpliste : on parlait très peu de la Shoah dans les années 50, 60 et 70, que ce soit dans les films [12], dans les médias, à l’école, dans les discours politiques... Pour autant, parlait-on davantage de l’esclavage des Noirs, du génocide arménien ou des crimes coloniaux ? Non. On en parlait même encore moins qu’aujourd’hui. L’esclavage a été aboli définitivement en 1848 ; jusqu’à 1940, il s’est donc passé un siècle avant qu’ait lieu la Shoah. Au cours de ce siècle, il n’y avait aucune « mémoire de la Shoah » pour « occuper la place », et pourtant la mémoire de l’esclavage a été totalement occultée.

La vérité, c’est que la reconnaissance des différents crimes ne fonctionne pas par vases communicants : parler plus de l’un ne signifie pas nécessairement parler moins de l’autre ; on peut parler beaucoup de tous les crimes à la fois (c’est ce vers quoi il faut tendre : continuer de parler beaucoup de la Shoah, commencer à accorder la même place à l’esclavage et aux autres crimes contre l’humanité) comme on peut ne parler d’aucun (c’est un peu la situation qui régnait en France dans les années 50).

La vérité, c’est que l’occultation du tort fait aux Noirs - comme du tort fait aux colonisés - repose sur des ressorts beaucoup plus anciens, profonds, puissants et complexes que la formation récente d’une mouvance sioniste ultra-droitière au sein des élites associatives juives de France. Si les Noirs sont injuriés, si leur mémoire est bafouée, si un Max Gallo peut en toute impunité et en toute innocence leur cracher son mépris à la figure, ce n’est pas « parce qu’une petite clique de Juifs fascistes en veut aux Noirs de concurrencer la Shoah » : ce qui est en cause, c’est la quasi-totalité des élites politiques françaises catholiques, protestantes, laïques, athées, républicaines, progressistes..., qui sont structurées par une idéologie, une culture et un imaginaire républicanistes profondément chauvins, ethnocentristes voire racistes [13]. Ne pas prendre en compte le système politique qui est à l’origine d’un tort subi, en rabattre toute la responsabilité sur un groupe social délimité (en l’occurrence les extrémistes sionistes), tel est le premier faux pas qui conduit de la révolte légitime aux divagations racistes.

Coupables idéaux et coupables impossibles

Une fois écartée la réponse « complotiste » voire raciste qui consiste à incriminer « les Juifs », « les sionistes » ou même seulement « les sionistes extrémistes », la question reste entière : pourquoi le négationnisme anti-juif d’un Faurisson, d’un Le Pen ou d’un Garaudy est-il quasi-unanimement reconnu comme un scandale absolu, alors que ce n’est pas le cas du négationnisme anti-arménien d’un Gilles Veinstein et encore moins du négationnisme anti-noir d’un Max Gallo ?

Il reste deux directions pour la recherche de réponses : côté victimes et côté coupables. Pour le dire vite : côté victimes, remplacez « les Noirs » par « les Juifs », côté coupable, remplacez Max Gallo par Jean-Marie Le Pen - ou supposez que Tariq Ramadan se hasarde un jour, juste pour voir [14], à déclarer ceci à la télévision :

« La Shoah... Cette tache, car c’est une tache réelle, est-ce que c’est un crime contre l’humanité ? Peut-être, je ne sais pas... »

Imaginez les réactions. Eh bien, c’est mot pour mot ce qu’a dit Max Gallo à propos de l’esclavage des Noirs... dans l’indifférence générale.

Côté coupables, il est tout d’abord évident qu’il est plus facile de s’en prendre à un musulman présumé « intégriste » comme Tariq Ramadan ou à un fasciste avéré comme Le Pen qu’à un « bon républicain » comme Max Gallo. Il est plus commode de s’en tenir à l’équation rassurante selon laquelle le racisme est le contraire de la République. Cette équation repose sur un sophisme : Le Pen est raciste, et Le Pen est antirépublicain (du moins ses références politiques puisent largement dans des traditions politiques anti-républicaines), donc si nous sommes républicains, alors nous ne pouvons par définition pas être racistes. C’est stupide, mais narcissiquement très satisfaisant.

Au contraire, le mépris raciste de Max Gallo, idéologue républicaniste issu de la gauche (aujourd’hui proche de Jean-Pierre Chevènement), éditorialiste et essayiste renommé, et invité permanent des débats télévisés, met la société française face à ses contradictions et face à un énoncé qui demeure pour beaucoup un sacrilège : le racisme existe au sein de la République, il existe un racisme républicain !

Au delà du cas de Le Pen et de Max Gallo, on peut dire qu’il est plus commode pour l’orgueil national et pour la non-remise en question des défaillances passées et présentes de la République, de donner toute son importance au Génocide nazi que de la reconnaître à l’esclavage ou à la Colonisation, dans la mesure où le principal responsable est dans le premier cas allemand et non français, moyennant quoi on peut disculper « la République française » en invoquant l’impuissance liée à la situation d’Occupation, en mettant à distance le gouvernement collaborateur en tant qu’« anti-républicain », et en se revendiquant de la minorité chrétienne, socialiste et surtout gaulliste et communiste qui a résisté. On voit bien que l’évitement de la remise en question est beaucoup plus difficile dans le cas de l’esclavage et de la colonisation : ce sont des histoires 100% françaises - et, pour la colonisation, républicaines à 90%. Cette histoire coloniale et négrière implique plusieurs générations de dirigeants politiques, et des familles entières qui ont bâti leur fortune sur la Traite ou les ressources et la main d’œuvre des colonies. Loin de se limiter à quatre années dans un contexte particulier (l’occupation par une puissance étrangère), la colonisation dure plus d’un siècle et l’esclavage deux siècles. Le fardeau est beaucoup plus embarrassant.

Concernant le génocide arménien, la problématique est encore différente. On pourrait considérer comme un atout en faveur de la reconnaissance le fait que le coupable ne soit pas français, et donc s’étonner du temps qu’il a fallu pour que le génocide soit officiellement reconnu par le Parlement français (en 2001) et pour qu’un président de la République y consacre une cérémonie officielle (en 2005). Ce sont des Turcs qui ont fait ça, et sans complicité française directe [15] ! On peut donc a priori reconnaître le crime et nommer les coupables, plus facilement que pour les crimes nazis, qui ont bénéficié de complicités françaises importantes. Mais d’un autre côté, les relations diplomatiques et économiques avec l’État turc pèsent, et ce sont manifestement elles qui ont freiné et continuent de freiner le processus de reconnaissance [16].

Concernant Dieudonné, enfin, si l’on confronte la véhémence et l’unanimité des condamnations de ses propos à l’indifférence qui a suivi ceux de Max Gallo, on ne peut pas écarter le rôle joué par le fait que Dieudonné a la peau plus foncée que Max Gallo. Entendons nous bien : il ne s’agit pas de nier le caractère choquant de plusieurs sorties de Dieudonné, ni d’entâcher du soupçon de racisme anti-noir toutes les réactions que ces propos ont suscitées. Cette remarque ne vise pas, par exemple, des associations comme le MRAP ou la Ligue des Droits de l’Homme, qui ont condamné à juste titre des propos objectivement condamnables. Il s’agit plutôt de s’étonner de la manière dont tout le monde devient subitement antiraciste lorsque c’est un Noir qu’on peut accuser - de même que tout le monde, y compris les pires machistes, devient féministe lorsqu’à la suite du meurtre de Sohane Benziane, c’est un garçon arabe – et bientôt « le garçon arabe » [17] – qui se trouve sur la sellette. Dans les deux cas d’ailleurs, on retrouve la même logique du bouc émissaire : de même que la focalisation sur le sexisme des « jeunes arabo-musulmans de banlieue » permet aux tenants de la France « blanche » et « catho-laïque » de s’absoudre de tout sexisme, de même la focalisation sur les propos antijuifs d’un Noir permet d’oublier à bon compte ce que rappellent les recherches historiques de Zeev Sternhell [18] et les enquêtes d’opinion de Nonna Mayer [19] : que l’antisémitisme le plus radical, le plus structuré et le plus meurtrier est une création européenne, et notamment française.

L’exemple parfait de ce deux poids deux mesures fondé sur l’inégalité entre coupables et non entre victimes est l’attitude d’Alain Finkielkraut, qui passe son temps à dénoncer le racisme de Dieudonné, et même, au delà, à mettre en cause toute la collectivité antillaise (« les Antilles filent un mauvais coton idéologique » [20]), alors qu’il avait soutenu bec et ongles l’écrivain Renaud Camus lorsque celui-ci, au milieu de plusieurs autres développements d’un racisme extrêmement structuré et cohérent idéologiquement, s’était inquiété du nombre - excessif à ses yeux - de Juifs intervenant dans les émissions de « France Culture » [21]. Le parallèle est intéressant, car dans les deux cas les cibles sont les mêmes (« les Juifs »). La raison du traitement différencié qu’en fait Finkielkraut est donc indiscutablement à chercher dans l’identité du coupable et non de la victime. Dans un cas nous avons un écrivain blanc, une espèce de dandy qui se réclame volontiers de la « Vieille France » et qui partage avec Finkielkraut l’amour de la « Grande Culture », un profond désarroi face à la massification de l’école et la phobie des revendications égalitaires - bref : une vieille canaille réactionnaire ! Dans l’autre cas, nous avons un comique et non un écrivain, un Noir et non un Blanc.

Sur ce premier point, qui concerne les auteurs de propos racistes, on peut énoncer la règle suivante :

De même qu’il est préférable d’être riche et bien portant que pauvre et malade, il est plus loisible de proférer des propos racistes ou négationnistes lorsqu’on est un blanc et un bon républicain que lorsqu’on est noir, arabe ou musulman, ou encore fasciste ou beauf lepéniste [22].

La formule est peut-être brutale, mais elle correspond à une réalité qu’il faudra bien un jour prendre en compte.

Des victimes moins égales que d’autres

Si l’inégalité de traitement entre les différentes oppressions et les différentes mémoires s’explique en partie par l’identité des coupables, elle s’explique également par celle des victimes. Il est en effet difficilement contestable qu’après avoir été rabaissés au plus bas des hiérarchies racistes, au point de devenir une « sous-humanité » et d’être en tant que telle exterminés, les Juifs ont, après guerre, reconquis une place de « presque égal » dans l’imaginaire majoritaire français. Ne nous leurrons pas : l’antisémitisme n’a pas disparu. Mais les enquêtes d’opinion montrent, sur le long terme, au cours des dernières décennies, un net recul des formes les plus radicales de mépris et de rejet des Juifs, celles-ci n’étant plus dominantes qu’au sein d’une minorité d’extrême droite [23]. Pour le dire vite, les Juifs sont globalement acceptés dans la catégorie des « Blancs » : sans doute pas des Blancs tout à fait comme les autres, sans doute des Blancs encore suspects aux yeux de beaucoup, mais des Blancs quand même. L’antisémitisme a été et demeure déconstruit, analysé, combattu, même s’il reste encore beaucoup à faire. La décolonisation des esprits est beaucoup moins avancée, les Noirs et les Arabes restent des « Non-Blancs », et comme avait dit François Mitterrand à propos d’un autre génocide méprisé, le génocide rwandais :

« Un génocide , dans ces pays-là, ce n’est pas très important » [24].

Il faut se rendre à l’évidence : la reconnaissance des torts subis au cours de l’histoire par les Juifs, la sensibilité et la capacité d’indignation face à leur négation ou leur mise en doute, mais aussi face aux formes contemporaines de l’antisémitisme, sont indiscutablement plus développées que la reconnaissance, le respect et la solidarité à l’égard des Noirs ou des Arabes. Entendons nous bien - la mise au point est nécessaire, justement parce que les dérives peuvent aussi partir de là : ce n’est pas qu’ « on en fait trop pour les Juifs » ou que « les Juifs » sont les « privilégiés » de la mémoire collective, mais à l’inverse qu’on n’en fait pas assez (et c’est un euphémisme) sur les questions de l’esclavage, de la colonisation - et des racismes anti-noirs et anti-arabes qui en sont l’héritage. La reconnaissance de la Shoah, la vigilance face à ses négateurs et la réactivité aux résurgences de l’antisémitisme ne sont pas un privilège mais un  : la République doit un égal respect et une égale protection à chacun de ses citoyens, quelle que soit son origine, sa religion ou sa nationalité. Il est donc très positif en soi que les plus hauts représentants de l’État déclarent solennellement que s’attaquer à un Juif c’est s’attaquer à toute la France ; ce qui est en revanche malsain, c’est que des réactions aussi justes et intransigeantes ne soient pas de mise face aux violences, aux discriminations et aux injures anti-noirs, anti-arabes ou anti-musulmans qui se multiplient, et que des dirigeants politiques jouent aux pyromanes en se solidarisant publiquement avec les Juifs victimes d’antisémitisme tout en tenant des propos anti-arabes ou anti-musulmans - le summum de l’instrumentalisation étant atteint lorsque ces mêmes hommes politiques se mettent à accuser en bloc « les arabo-musulmans » d’être les vecteurs d’un « nouvel » antisémitisme.

Il y a bien une inégalité de traitement : « les Juifs » ne sont en aucun cas des « privilégiés » de la mémoire collective (la place importante qu’occupe désormais la Shoah dans la mémoire collective est tout à fait justifiée, et le long combat qu’ont dû mener des associations pour qu’elle soit reconnue à partir des années 80 montre à quel point le terme de « privilège » est inapproprié) ; mais il y a incontestablement un déni de mémoire et d’histoire particulièrement violent concernant « les Noirs » et « les Arabes ». Si « les Juifs » n’occupent aucune position « supérieure », en revanche « les Noirs » et « les Arabes » sont indiscutablement les groupes les plus infériorisés et ignorés par la mémoire collective. Et il en va de même pour le présent : si les injures et les agressions physiques recensées par la police concernent davantage des Juifs que des Maghrébins, c’est une myopie intellectuelle, une faute morale et une irresponsabilité politique que d’en conclure, comme l’a publiquement déclaré Patrick Klugman, l’actuel vice-président de SOS Racisme, que les Juifs sont devenus les premières victimes « du racisme », des « des actes racistes » ou des « violences racistes ». Car les injures proférées dans la rue ou les coups et blessures sont une toute petite partie des violences racistes, et si, ces dernières années, des Juifs subissent effectivement ces formes de racisme dans des proportions supérieures à celles des Noirs ou des Arabes, toutes les enquêtes sociologiques et tous les rapports [25] s’accordent en revanche sur le fait que, du contrôle au faciès aux homicides, en passant par les injures, les fouilles humiliantes, les bousculades, les passages à tabac, ce sont des Noirs et des Arabes qui subissent massivement la violence policière, par définition très peu enregistrée dans les chiffres officiels [26], et que la discrimination à l’embauche, au logement, dans les lieux de loisir, à l’école, face à la police et face à la Justice frappent massivement des Noirs et des Arabes, et non des Juifs. En d’autres termes : si les Juifs subissent indiscutablement le racisme sous certaines de ses formes, et si ce racisme doit être reconnu et combattu à chaque fois qu’il se manifeste, ils ne subissent pas la discrimination raciste systémique qui s’exerce contre les Noirs et les Arabes dans toutes les sphères de leur existence (travail, logement, loisir...), y compris dans les institutions (école, police, Justice...). Qu’un responsable antiraciste dénie cette réalité est une violence inouïe envers ceux qui vivent cette discrimination permanente - c’est même une provocation qui ne peut qu’attiser les rancoeurs et les tensions entre Noirs, Arabes et Juifs. Entre le ressentiment raciste qui fait des Juifs des coupables ou des privilégiés et le discours aveugle ou irresponsable qui en fait les premières victimes du racisme, la raison et le combat antiraciste nous imposent de reconnaître une double réalité :

- le racisme anti-juif existe et doit être combattu sans merci (et les mêmes qui surestiment son ampleur et sa radicalité au sein de la jeunesse qu’ils qualifient d’ « arabo-musulmane » la sous-estiment gravement dans le reste de la société française).

- il n’est pas le plus prégnant dans la France d’aujourd’hui, du moins pas celui qui se traduit le plus massivement par des actes graves : les racismes anti-noirs, anti-arabes et anti-musulmans sont aujourd’hui des racismes plus largement et profondément implantés, jusque dans les institutions - ce qui explique d’ailleurs qu’ils soient beaucoup plus tolérés, y compris par les représentants de l’État, et que les réactions institutionnelles soient aussi faibles face à des propos comme ceux de Max Gallo.

C’est à partir de ce point crucial que, pour notre part, nous situons les limites de la réaction publique du MRAP et de la Ligue des Droits de l’Homme face aux propos de Dieudonné. Michel Tubiana et Antoine Spire (responsables nationaux de la Ligue des Droits de l’Homme) ont eu raison de condamner ces propos, et de souligner les risques d’enfermement dans une « hiérarchie des victimes » [27] ou une « compétition en matière de souffrance » [28]. Mais c’est à notre sens une erreur d’analyse ou une négligence lourde de conséquences que de reprocher à Dieudonné de « tenter d’instaurer » la hiérarchie [29] ou d’ « introduire » la compétition [30]. La hiérarchie était déjà là, la « Non-Affaire Gallo » est là pour en attester, et ce qui doit être reproché à Dieudonné n’est pas d’ « introduire » mais de reproduire et d’entretenir la compétition, en orientant une colère légitime contre la mauvaise cible.

En d’autres termes, la condamnation de la « concurrence des victimes » est nécessaire, mais elle reste insuffisante. Elle demeure largement incantatoire et d’une efficacité toute relative tant qu’on ne reconnaît pas l’existence et les ravages d’une réelle hiérarchie des victimes, qui précède les déclarations de Dieudonné, et dans laquelle ces dernières prennent racine. S’il est inacceptable d’en faire endosser la responsabilité aux Juifs, il n’est pas tenable d’en nier l’existence et de croire que c’est Dieudonné qui l’invente ou la génère. L’origine du problème n’est ni l’individu Dieudonné, ni un groupe social comme « les sionistes extrêmistes », et encore moins un ensemble aussi vaste et hétérogène que « la Communauté juive » ; l’origine du problème est une hiérarchie instituée, un système politique qui repose sur un ordre symbolique et une division sociale objectivement racistes [31], organisés autour d’un étalon majoritaire qui est le Bourgeois français blanc de sexe masculin et d’origine chrétienne (qu’il soit croyant ou athée). C’est à ce système qu’il faut s’attaquer pour traiter le problème à la racine. La « Non-Affaire Gallo » nous le rappelle : tous les racismes ne provoquent pas la même réprobation, toutes les victimes ne sont pas considérées comme égales. Il faut reconnaître et prendre en compte cette réalité. Il faut garder à l’esprit qu’aucun être humain ne peut supporter très longtemps la dénégation du tort qu’il subit sans « craquer » - ce qui peut prendre plusieurs formes : la folie, la dépression, la névrose, mais aussi le ressentiment ou la haine raciste qui est un viatique parmi d’autres. Il faut enfin rappeler qu’il n’y a pas trente-six alternatives à la somatisation ou à la verbalisation délirante ou raciste : le seul dénouement non-pathologique d’une telle situation d’injustice est la pleine et égale reconnaissance des torts subis par toutes les minorités opprimées. Cette reconnaissance passe par une lutte politique [32]. Et l’une des cibles prioritaires de cette lutte doit être ce « négationnisme respectable » dont Max Gallo n’est qu’une des figures.

P.-S.

Ce texte est repris dans le recueil Les mots sont importants, de Pierre Tevanian et Sylvie Tissot, publié en 2010 aux Éditions Libertlia.

Suite à la première publication de ce texte au printemps 2005, Dieudonné nous a fait savoir qu’il niait avoir tenus certains propos ici rapportés (cf. note 1) et qu’il souhaitait rencontrer Pierre Tevanian pour clarifer les choses. La rencontre a eu lieu, et elle a ensuite été mise en scène, contre l’avis de Pierre Tevanian, sous forme d’un texte (intitulé "Explication entre Dieudonné et Pierre Tevanian") publié sur le site "Les Ogres", animé par des proches de Dieudonné. Les responsables de ce site ayant refusé de retirer cette fausse explication publique, Pierre Tevanian a adressé le mail suivant sur le fil de discussion qui suit l’ "Explication...". Envoyé le 7 septembre 2005, ce mail n’apparaissait toujours pas dans le fil de discussion le 10 septembre. Nous le reproduisons donc ici, afin de préciser le statut et la genèse douteuse du texte publié par "les Ogres".

À Dieudonné et Les Ogres

Bonjour,

J’ai pris connaissance sur le site « Les Ogres » d’une retranscription approximative d’une entrevue privée que j’ai eu avec Dieudonné, ainsi que de votre refus de retirer ce texte. Voici la mise au point que cela m’inspire, et qui sera en ce qui me concerne mon dernier mot.

Cette entrevue était privée, il s’agissait d’un échange informel qui n’était pas destiné à être reproduit. J’y étais venu davantage écouter Dieudonné que parler, et mon soucis n’était pas d’exposer un point de vue à une audience, puisqu’il n’y avait pas d’audience ! (le texte qui figure sur le site des Ogres est à cet égard explicite : mes interventions sont très brèves, le plus souvent coupées par Dieudonné, qui occupe plus des trois quarts du temps de parole). Je découvre donc avec surprise qu’un échange informel et privé devient une « explication » publique via le site « Les Ogres ». Cela me surprend d’autant plus que la personne qui était à l’origine de cette entrevue s’était engagée formellement, au cours de cette entrevue, à ne rien faire de public avec l’enregistrement qu’elle souhaitait en faire, et avait promis que cet enregistrement resterait (je cite) dans ses « archives personnelles ».

En conséquence, c’est moi cette fois ci qui vous demande de retirer ce texte de votre site. Au cas où vous ne le feriez pas, vos lecteurs sont désormais informés de sa genèse, qui n’est conforme à aucune des règles élémentaires du débat public. Celles ci exigent que les choses soient fixées à l’avance. Si j’avais accepté de participer à un face-à-face public, j’aurais parlé davantage, je me serais positionné sur chaque propos de Dieudonné appelant selon moi une réaction. Ce positionnement, pour celles et ceux que cela intéresse vraiment (et qui attendent autre chose qu’un pseudo-dialogue confirmant leur credo "Dieudonné dit la Vérité"), est exposé dans mon article « Un négationnisme respectable », en ligne sur lmsi.net . Rien ne vous empêche de critiquer, réfuter, attaquer, aussi longuement que vous le souhaitez, les thèses que j’ai développées dans cet article « Un négationnisme respectable ». En revanche, une entrevue privée transformée en face à face public, un pseudo-duel avec monopolisation de la parole par un seul interlocuteur, ne répond à aucune règle déontologique.

En espérant que vous le reconnaîtrez, je vous adresse mes salutations.

Pierre Tevanian

P.S. Une dernière fois, je précise que pour connaître mon positionnement vis-à-vis des diverses opinions exprimées par Dieudonné, il est nécessaire et suffisant de consulter l’article « Un négationnisme respectable » (lmsi.net), et non les bribes que je prononce au milieu du monologue de Dieudonné intitulé par vous « Explication entre Dieudonné et Pierre Tevanian ».

Notes

[1] Exemples, tirés de la Conférence de presse tenue par Dieudonné à Alger le 16 février :

« J’ai simplement besoin, ne serait-ce que par rapport à mes enfants, de leur expliquer : voilà, tes ancêtres n’étaient pas forcément gaulois, tu es descendant d’esclave et voilà comment les choses se sont passées. Eh bien ça, ça nous est confisqué, parce que le lobby sioniste cultive l’unicité de la souffrance. »

« Quand je travaille pour faire un film sur la traite négrière et que les autorités sionistes - parce qu’aujourd’hui ce sont les autorités sionistes - qui me répondent : ce n’est pas un sujet de film. Avec l’argent public, on fait 150 films sur la Shoah, moi je demande de faire un film sur la traite des Noirs et on me dit que ce n’est pas un sujet. »

« Ceux qui subissent le racisme, ce ne sont pas en premier lieu des Juifs, qui sont plutôt une communauté bien intégrée et qui financièrement - pour reprendre cette histoire de Dieu argent - est particulièrement bien préservée. »

On peut citer aussi ces propos tenus dans Lyon Capitale le 23 janvier 2002, tout aussi caricaturaux et inacceptables que ceux d’une Chahdortt Djavann lorsque, sur la base de morceaux de versets coraniques, elle fait dériver « le » sexisme de « L’Islam » :

"Le racisme a été inventé par Abraham. Le peuple élu, c’est le début du racisme".

Et enfin ces propos tenus dans Le Monde en janvier 2004 :

« La population juive, par exemple, n’aime pas que je dénonce certaines de leurs manipulations médiatiques. »

Ces derniers propos ont valu à Dieudonné sa seule condamnation en Justice pour propos racistes (5000 euro d’amende), le 26 mai 2004 - une condamnation qui sera annulée le 10 décembre 2004 en Appel (Dieudonné a été relaxé, pour le motif que dans d’autres passages du même entretien, il prenait la peine de distinguer l’ensemble des Juifs, qu’il n’incriminait pas, et les activistes qui l’avaient attaqué et l’avaient empêché de donner son spectacle à Paris).

Antoine Spire cite également (dans Hommes et Libertés de janvier-février-mars 2005) ces propos tenus en juillet 2004 :

« Les juifs ont profité de cette colonisation et de la traite négrière, ils s’en sont mis plein les poches »

Enfin, toujours selon l’article d’Antoine Spire, Dieudonné a évoqué, lors de la « dernière » de son spectacle au Zénith, le 29 décembre 2004, « le complot juif, la haine des Juifs à l’égard des Noirs » et le « racisme des Juifs ».

NB : Dieudonné nous a fait savoir qu’il nie avoir tenu ces deux derniers propos. Sollicité pour préciser lesquels, il ne l’a pas fait.

[2] Les propos tenus par Dieudonné à Alger ont par exemple fait la Une du Monde

[3] Patrick Klugman, vice-président de SOS Racisme

[4] Harlem Désir, ancien président de SOS Racisme, aujourd’hui membre du Parti Socialiste

[5] Source : Ras l’Front, janvier 2003

[6] cf. « Le génocide arménien et l’enjeu de sa qualification », sur www.lmsi.net. Cf. aussi Y. Ternon, Du négationnisme ; Desclée de Brouwer, 2000

[7] Cf. « Le génocide arménien et l’enjeu de sa qualification », www.lmsi.net, où est défendu un soutien critique et pragmatique à la loi Gayssot

[8] Il n’y a qu’à considérer le nombre de lieux de loisir, d’espaces commerciaux, de marques alimentaires, qui jouent sur des connotations positives du terme "colonial" : "Discount colonial", "Comptoir colonial", "compagnie coloniale"... Sans parler de l’imagerie coloniale dans la publicité

[9] Sur cette loi du 23 février 2005, cf. l’appel "Je n’enseignerai pas le bon temps des colonies", en ligne sur www.lmsi.net

[10] Deux exemples :

Roger Cukierman, président du CRIF : « Le succès de Le Pen est un avertissement aux musulmans de France, leur indiquant de se tenir tranquilles »

Jacques Kupfer, président du Likoud France : « nous devons vivre séparément des Palestiniens... si tant est que ces gens ont le droit de vivre... »

Propos cités par Dominique Vidal dans Le mal-être juif, Agone, 2003.
Cf. aussi Collectif, Antisémitisme : l’intolérable chantage, La Découverte, 2003, et D. Vidal, « les pompiers pyromanes de l’antisémitisme » : http://www.monde-diplomatique.fr/2004/05/VIDAL/11185

[11] Cf. la note 1

[12] Souvenons nous de la censure qui a frappé Le chagrin et la pitié de Marcel Ophuls

[13] Cf. S. Bouamama, Vers une nouvelle citoyenneté. Crise de la pensée laïque, La boite de Pandore, 1991

[14] Nous disons « se hasarde, juste pour voir », parce que dans la réalité de ses écrits et de ses déclarations, Tariq Ramadan n’a jamais remis en doute la réalité, la qualification et l’importance du génocide des Juifs

[15] Il n’y a pas eu de complicité active des autorités françaises, comme il y en a eu lors du Génocide rwandais. On peut en revanche dénoncer la non-intervention en parlant de complicité passive de la France au même titre que toutes les autres puissances présentes dans la région.

[16] Cf. Y. Ternon, Enquête sur la négation d’un génocide, Parenthèses 1989

[17] Sur le poids de ce stéréotype dans le débat actuel sur le sexisme, cf. N. Guénif-Souilamas et E. Macé, Les féministes et le garçon arabe, Editions de l’Aube, 2004

[18] Ni droite ni gauche. L’idéologie fasciste en France, Gallimard, 1987 ; La droite révolutionnaire. 1885-1914. Les origines françaises du fascisme, Gallimard, 1997 ; Maurice Barrès et le nationalisme français, Complexe, 2002. Cf. aussi G. Noiriel, Les origines républicaines de Vichy, Hachette, 1999

[19] Cf. N. Mayer, Le Monde, 04/04/2002. Nonna Mayer montre que, contrairement à ce que soutiennent des essayistes comme Pierre-André Taguieff (dans La nouvelle judéophobie) ou Alain Finkielkraut (dans L’antisémitisme qui vient), les idées antisémites ne sont pas dominantes dans les milieux d’extrême gauche et dans la jeunesse issue de l’immigration maghrébine ; elles restent, aujourd’hui comme par le passé, présentes dans l’ensemble de la société française, avec des " pics " à la droite de la droite, dans les franges de l’opinion qui manifestent par ailleurs un très fort rejet de l’immigration maghrébine. À titre d’exemple, en 2000, 97% des personnes déclarant qu’il y a « trop de Juifs » en France répondent également qu’il y a « trop d’Arabes ».

[20] Des propos qui, comme ceux de Max Gallo, n’ont pas empêché Alain Finkielkraut de demeurer l’invité permanent des grands débats télévisés. Notons que la métaphore du coton est particulièrement déplacée s’agissant d’un peuple dont nombre d’ancêtres se sont épuisés jusqu’à la mort à travailler comme esclaves dans des champs de coton. Alain Finkielkraut a également stigmatisé l’arrogance des militants antillais qui osent parler encore de l’esclavage alors qu’ils « vivent de l’Assistance de la métropole ». L’intégralité de ces propos, tenus le 6 mars sur RCJ (Radio Communauté Juive) et Radio Shalom, et confirmés le 13 mars sur RCJ, est disponible en ligne sur le site du Collectif des Guyannais et Réunionais : http://www.collectifdom.com/article.php3?id_article=403. Cf. aussi la réponse de Raphael Confiant à Alain Finkielkraut : http://www.collectifdom.com/article.php3?id_article=414

[21] Sur cette « affaire », cf. A. Spire, L’obsession des origines, Verticales, 2000

[22] Cette liste ne constitue en aucun cas une mise sur le même plan des Noirs, des Arabes ou des Musulmans et des fascistes ou des lepénistes. Le seul point commun est le fait que ces catégories de personnes ne bénéficient pas de l’indulgence dont bénéficie un "bon républicain blanc"

[23] Cf. les enquêtes de Nonna Mayer : « il y a trop de Juifs » rassemble aujourd’hui entre 20% et 30% des suffrages, tandis que « trop d’Arabes » rassemble plus de 60%

[24] Citation de Jean-Paul Gouteux, La nuit rwandaise, L’Esprit frappeur, 2002

[25] Cf. par exemple les récents rapports de la Commission de déontologie animée par Pierre Truche, et d’Amnesty international, ainsi que l’étude publiée au CESDIP par Fabien Jobard sur les procédures d’outrage à agent : http://www.cesdip.org/IMG/icones/pdf-dist.png ; http://www.amnesty.asso.fr/01_informer/12_actualite/france/france_en_quete_de_justice.htm

[26] Puisque la police est dans ces affaires « juge et partie »

[27] M. Tubiana, Le Monde, 22 février 2005

[28] A. Spire, Hommes et Libertés, mars 2005

[29] M. Tubiana, Le Monde, 22 février 2005

[30] A. Spire, Hommes et Libertés, mars 2005

[31] Pas exclusivement raciste ; également hétéro-sexiste : la norme majoritaire est le mâle blanc hétérosexuel. Mais la dimension hétéro-sexiste n’est pas au coeur de cette étude sur le binôme Dieudonné/Max Gallo

[32] C’est, à nos yeux, ce qui fait la différence entre le discours de Dieudonné et celui des « indigènes de la République »