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La « langue dévastée » des grands médias

Prêt-à-dire et prêt-à-penser

par Mikaël Faujour
21 mai 2007

Poncifs, arguments d’autorité, mépris de classe, élitisme, révérence face aux puissants et euphémisation de la violence d’État, hyperbolisation et diabolisation de la colère des opprimés... Mikaël Faujour analyse, dans le texte qui suit, quelques unes des principales figures de la novlangue médiatique. Une langue aussi pauvre du point de vue esthétique, poétique, philosophique, qu’elle est riche de présupposés idéologiques et lourde de violence symbolique.

« Jouer le jeu de la démocratie » : l’expression, a priori anodine, jaillit de temps à autre de la bouche de telle ou telle personnalité politique ou médiatique. Une locution tout à fait symptomatique, puisqu’elle s’inscrit dans le champ lexical, richement fourni, du jeu et du sport. Ces derniers mois de campagne ont été particulièrement féconds en la matière. On « donne le coup d’envoi » (des vœux, de la quête des parrainages, etc.), on se « renvoie la balle », on « botte en touche », on se donne du « carton jaune » (Ségolène Royal à Arnaud Montebourg), parfois du « carton rouge » (Georges Frêche), on est parfois « mis hors jeu » ; on « marque des points » dans les sondages ; dans la « course aux présidentielles », on « reste fair-play » en laissant parler les autres, on « place ses pions » pour l’élection, on est tantôt « au coude à coude », tantôt « distancé par son adversaire », on est enfin dans la « dernière ligne droite avant l’élection » ; parfois, on « donne des coups bas », on se « tacle » ; et à la fin, on « compte les points », etc [1]. On parle même de « finaliste » et de « compétition » [2] … Ainsi le débat politique et ses enjeux majeurs sont-ils ravalés – de par ce vocabulaire sans doute involontairement démagogique, consistant à mettre par les images la politique à portée du plus grand nombre – à une façon de jeu, à un divertissement, un spectacle.

De fait, la symbolique spatiale des plateaux de débat est elle-même représentative : les débatteurs, en vis-à-vis, tournent le dos au public (comme il leur est reproché de tourner le dos à la réalité sociale), se livrant à un pugilat verbal avec force gesticulations, postures de révolte et postillons ; ils sont placés au centre du plateau tout comme des footballeurs ou des toreros, hermétiquement séparés du public qui les regarde et n’intervient quasiment jamais. Une de ces émissions ne s’appelle-t-elle pas, d’ailleurs, « L’arène de France » ? Ainsi se produit l’image d’un « entre-nous » où s’invectivent et se chahutent des personnalités « autorisées », se chamaillant pour la forme, trop souvent sur des questions secondaires, mais s’accordant sur l’essentiel, ainsi que l’ont prouvé, notamment, les débats sur l’insécurité, sur le voile et la laïcité, et sur le traité constitutionnel européen (TCE).

On se souvient qu’Alain Finkielkraut, conformément à la norme en vigueur chez les intellectuels médiatiques (i.e. : essayistes et « experts ») depuis près de 30 ans, qui consiste à stigmatiser les dominés, les pauvres, les ignorants, plutôt qu’à dénoncer le système oppressif qui les produit, évoquait avec répugnance la « langue dévastée » des jeunes de banlieue [3]. Ce qui est autrement plus inquiétant que l’argot des quartiers « populaires » et dont M. Finkielkraut fait moins cas, c’est l’état déplorable de la langue française employée dans les médias et le monde politique. Là même où devrait être observée la plus grande rigueur langagière (ne serait-ce que par souci d’exemplarité) prolifèrent les fautes de liaison, de sens et de syntaxe et – plus grave encore – s’épanouit un vocabulaire d’une indigence effarante, où foisonnent les « expressions toutes faites ».

La « grogne » populaire

La politique, tant qu’elle reste politicienne, c’est-à-dire débattue entre personnalités médiatiques et politiques, est un « jeu ». Mais dès lors que « le peuple » ou « la rue » [4] intervient pour faire entendre des revendications, fini le subtil « jeu politique » des « élites » autoproclamées : voilà le « conflit social ». Parfois, le champ lexical médical est employé : il faut tenter de guérir le « corps social », pris de « fièvre populaire », excité par « les passions populaires », pour mettre fin à la « crise » et revenir à la « raison ».

Ainsi est-il relativement exceptionnel qu’une manifestation ou une grève soit présentée comme un légitime recours ; souvent, l’image évoque une foule rétive comme un âne têtu, qui se refuse aux « réformes » (forcément justes) en protestant, ou porte atteinte à la paix sociale et à l’économie, en bloquant les transports – et donc la machinerie économique [5].

La notion de « conflit » rejaillit donc dans la confrontation entre les « élites » et « le peuple », manichéenne vision d’opposition entre les détenteurs du vrai et zélés propagateurs de l’erreur ou du passéisme. On parle alors de « levée de bouclier », de « montée au créneau », de « bras de fer », de « dialogue musclé », de « prise en otage » (des usagers), etc. Rapporté à la finesse du « jeu démocratique », ces expressions donnent l’image d’une barbarie populaire, d’une incapacité à exprimer l’opposition et le désaccord autrement que par la violence et une certaine animalité – dont atteste l’usage obligé du terme de « grogne » (des fonctionnaires, des étudiants, des lycéens, des manifestants de toute appartenance), qui évoque le grognement de la bête sauvage. Notons au passage que le terme de « grogne » n’est jamais appliqué quand les grévistes sont des journalistes (songeons aux cas de France Soir et de Libération) : manifestement, un journaliste ne tape pas sur ses semblables.

Ainsi, la symbolique des plateaux de débat trouve une nouvelle confirmation : la « démocratie » est une chasse gardée, qu’on ne peut décidément pas laisser au « peuple ». C’est le constat que tire d’ailleurs Jacques Rancière dans La Haine de la démocratie : « Aucun d’eux [il évoque les contempteurs de la démocratie] ne réclame une démocratie plus réelle. Tous nous disent au contraire qu’elle ne l’est déjà que trop. (…) C’est du peuple et de ses mœurs qu’ils se plaignent, non des institutions de son pouvoir. La démocratie pour eux n’est pas une forme de gouvernement corrompue, c’est une crise de la civilisation qui affecte la société et l’Etat à travers elle. (…) Le bon gouvernement démocratique est celui qui est capable de maîtriser un mal qui s’appelle tout simplement vie démocratique [6] ».

La patrie des imbéciles

« Le premier qui compara la femme à une rose fut un génie ; le second un imbécile  ». En transposant cette formule de Gérard de Nerval, on peut dire que le journalisme (et, d’une façon plus idéologique que formelle, l’« éditorialisme ») est la patrie des imbéciles, où se répètent à longueur d’année les mêmes idées reçues, interchangeables, les mêmes clichés, la même langue mutilée. Leur martèlement quotidien, par des journalistes plus enclins au psittacisme qu’à la curiosité étymologique et à la rigueur d’expression, contribue à un effet de légitimité qui leur vaut de n’être quasiment jamais interrogés. Le philologue Victor Klemperer, analyste intransigeant de la langue du Troisième Reich, estimait que la victoire de l’idéologie nazie venait de ce que la répétition de certains mots avait fini par pénétrer tous les esprits, y compris ceux des ennemis du nazisme. Ce faisant, elle imposait à tous une langue restreinte et un commun rapport à la réalité, dont la perception était dès lors faussée, établissant des « problèmes » comme évidents. On constate aujourd’hui l’emploi d’une langue commune aux grands consommateurs de journaux et d’information que sont les journalistes, les personnalités politiques et médiatiques, une langue qui se répète, demeurant inquestionée. Une langue appauvrie, bornée, tissée des sempiternelles mêmes locutions : « battre son plein » [7], « opération coup de poing », « être sur la sellette », « coup de filet », « tirer à boulets rouges », « dictature » de ceci et de cela, « avoir le vent en poupe », etc [8].

On peut parler, plus particulièrement concernant la télévision et surtout le JT, d’une langue-écran, d’une langue qui tend à occulter plutôt qu’à donner à voir ; en somme : qui tend à imposer un regard. Eric Hazan, dans un livre paru début 2006 [9] analysait de façon détaillée toute la richesse du verbe médiatique œuvrant à rendre acceptable l’ordre capitaliste dominant comme seul horizon, triomphant par l’effacement des aspérités, de ce qui dérange : celui-ci

«  vise au consensus et non au scandale, à l’anesthésie et non au choc du cynisme provocateur. C’est pourquoi l’un de ses principaux tours est (…) l’euphémisme ».

Et de constater que l’on entend plus souvent parler de « bavure » que d’homicide policier, de « plan social » que de licenciement collectif, de « chercheur d’emploi » que de chômeur, de « délocalisation » que de fermeture d’entreprise, etc. Ainsi, la réalité de la violence économique ou policière est-elle rendue plus abstraite, distante, floue – indifférente, voire irréelle (un comble pour les médias, qui se veulent outil de monstration de la réalité). Mais si le révoltant est dissimulé sous le vernis de l’euphémisme, on élève d’un autre côté à l’inouï ce qui est au mieux surprenant, sinon fade ou commun. Ce que constatait Victor Klemperer avec le verbe nazi est transposable aujourd’hui :

«  (…) l’exagération permanente appelle un renforcement croissant de l’exagération et l’émoussement de la sensibilité ; le scepticisme et, pour finir, l’incrédulité ne peuvent manquer d’en découler ».

Ainsi, lorsqu’une accroche télévisée annonce une émission « exceptionnelle », il ne faut s’attendre en fait qu’à l’habituel tape-à-l’œil, à la commune vacuité spectaculaire. La perception des événements est donc faussée par «  l’émoussement de la sensibilité » et l’exagération peut devenir la norme : on parle de « film déjà culte » avant même sa sortie en salle, d’artiste ou de « tubes de légende », ou encore de toutes sortes de « miracles », qui à force de quotidienneté en perdent toute exceptionnalité. Ces façons langagières – largement issues de la corruption publicitaire – finissent même par investir la langue de la « rue », à l’image de ces candidats d’émissions de télé-réalité qui, en sortant pérorent avec sincérité de leur « aventure formidable » – laquelle n’a été qu’un quelconque spectacle dont ils ont été les risibles clowns.

Un totalitarisme en creux ?

En école de journalisme, singulièrement dans les cours de médias audiovisuels, les élèves sont invités à éviter d’employer des mots de plus de trois syllabes [10]. On y apprend également que le nombre moyen de mots employés dans un JT oscille entre 1500 et 3000, ce qui est évidemment peu pour une langue riche d’environ 35 000 mots… Cela explique largement le recours à ces expressions toutes faites qui, faisant l’économie de mots plus précis, font fi de la nuance et rendent « à peu près » compte des faits, quand ils ne les déforment pas. Aussi, les médias peuvent bien claironner à la « liberté d’expression » à hue et à dia : si ladite expression est corsetée ou vermoulue de lieux communs, il ne peut s’agir que d’une liberté stérile.

Dans son roman dystopique 1984, George Orwell illustrait l’idée que le totalitarisme naît de l’amoindrissement du dicible, donc de la capacité à saisir la réalité, mais aussi à agir sur elle. Autrement dit : l’appauvrissement du langage conduit au totalitarisme en ce qu’il appauvrit le politique, étouffe la révolte et fabrique la soumission, par intériorisation [11], à une réalité commune, que le « bon sens » ne saurait remettre en cause.

Cette « réalité » commune, indépassable et inquestionnable, s’est imposée depuis les années 1980 autour d’un consensus sur le modèle économique, duquel découle «  l’idéologie de la mort des idéologies », qu’analyse François Cusset [12]. Plus précisément : « C’est bien l’économisme généralisé des années 1980, la contagion des esprits par ses lois inflexibles, qui vide bientôt le politique de sa substance gouvernementale ici, sociale là  ». Ce consensus a donc favorisé l’avènement d’une politique amoindrie puisque évidée de substrats idéologiques marqués [13], que les intellectuels médiatiques et personnalités politiques, à grand renfort de chantage à la « réalité » et conjointement à la « langue dévastée » des médias, ont œuvré à légitimer comme étant la seule « réalité » acceptable.

Et le revers de cette « pensée unique » et aseptisante, c’est que «  l’Etat qui démissionne au plan socio-économique va en revanche élever la voix pour défendre sa politique sécuritaire, ses interventions militaires ou ses cours d’instruction civique. C’est la vieille stratégie de l’impuissance virile » [14] De fait, ayant choisi le consensus sur l’essentiel (le socio-économique), le débat public s’est étréci à ce que Frédéric Lordon nomme la «  politique résiduelle », où priment les discours moralisateurs. L’impuissance à dénoncer ou à agir sur les structures économiques étant admise ou intériorisée, les donneurs de leçon peuvent occuper tout le champ et remplacer le social et la collectivité (au cœur du projet politique), par le « sociétal » et le moral [15]. A ce titre, tout le vocabulaire médiatique contribuant à dénigrer les « mouvements sociaux », comme nous venons de le voir, est révélateur.

Portée par ces essaims de pères-la-morale (communément nommés « réacs ») comme par les médias généralistes, cette façon d’idéologie désenchantée ne véhicule qu’un extrême conformisme de pensée, qui tient pour légitime uniquement ce qui ne perturbe pas l’ordre dominant, et pour illégitime tout ce qui le remet en cause. La continuelle stigmatisation des chômeurs (et l’on ne parle même pas des « chômeurs heureux »), celle des filles voilées lors des débats sur le voile et la laïcité, des « jeunes-de-banlieue », de l’extrême gauche, ainsi que l’obsession du « communautarisme » (au demeurant jamais clairement défini), le rejet du mariage homosexuel, l’indifférence pour l’extrême pauvreté et le mal-logement, sont autant d’indices d’un refus non seulement de tenir compte des problèmes et évolutions de la société, mais seulement de débattre. Et en ce sens, ce mouvement médiatique et politique n’œuvre qu’à légitimer les idées reçues les plus conservatrices, à imposer un réel commun, une pensée unique.

Il ne s’agit bien sûr pas de prétendre que nous vivons sous un régime totalitaire. Nous en sommes, heureusement, encore loin. Il convient néanmoins de ne rien tenir pour acquis, d’être vigilant et d’en prévenir l’avènement. Car le risque d’un totalitarisme « en creux », plus insidieux que ses formes connues (fictionnalisées par Bradbury, Huxley ou Orwell, ou analysées par Klemperer ou Arendt), existe. Et c’est là ce dont semblent porteurs ces intellectuels et cette langue dépolitisants, qui oeuvrent dans le même sens : celui du fatalisme, de la résignation, de l’étouffement de la révolte.

Un autre dicible pour une autre politique

Cependant, en dépit des chantages, du mitraillage médiatique des mêmes mots et des mêmes idées, les signes de rejet (au sens quasiment organique, si l’on file la métaphore du « corps social ») ne cessent de s’accumuler. Les scrutins présidentiel (2002), régional (2004), référendaire (2005) ont été marqués par un rejet des pouvoirs en place. Un rejet des pouvoirs et de l’idéologie dominants que traduisent également divers mouvements citoyens (grèves de 1995, anti-OGM, anti-pub, anti-CPE, défense des sans-papiers, Indigènes de la République, collectifs pour le « non » au TCE, etc.) d’envergure très variable, de même que, sous une autre forme, les émeutes de fin 2005. Soient autant de signes dans lesquels on peut lire un appel à une autre façon de faire de la politique, ou à un retour du politique « vrai ». Il peut paraître symptomatique que les candidats qui, lors de la campagne pour l’élection présidentielle 2007, ont agité les termes de « rupture » et de « changement », ont connu un temporaire succès « sondagier ». Difficile pourtant de voir dans ces mots, employés par les candidats médiatiquement dominants, plus que des slogans publicitaires de camelots politiciens.

Car faire autrement de la politique commence peut-être par le fait de la dire autrement, donc de lutter contre la langue corrompue des JT, des brèves et des titrailles, et d’imposer par les mots qui le soutiennent d’autres imaginaires politiques que celui qui domine (et borne le politiquement concevable et la parole politique). C’est par un changement dans le discours que peut s’affirmer un autre rapport aux réalités, un imaginaire politique – autrement dit : une idéologie [16]. La « rupture » politique ne peut donc passer, en premier lieu, que par celle du débat public avec la « langue dévastée » du monde de l’information et du monde politique, corrompue par la conception marchande [17] et les manières publicitaires, à l’image de ces innombrables « phrases-choc », semblables à des slogans, calibrées pour les « une » de journaux et les JT.

Notes

[1] On parle aussi de « l’échiquier politique », de « marquer son adversaire à la culotte », de « se renvoyer la balle », de « mettre un but contre son camp ». Et la liste est loin d’être exhaustive…

[2] Ainsi l’UMP Dominique Paillé déclarait : « Jean-Marie Le Pen doit être dans la compétition », alors que ce dernier clamait manquer de parrainages (BFM TV, « Elysée 2007 », 28/02/07).

[3] Polémique : cette femme qui dit non à l’Islam : « Fallaci tente de regarder la réalité en face » , A. Finkielkraut, Le Point, 24/05/02, n°1549.

[4] Notons que le singulier « le peuple », « la rue », « la foule », etc., montre l’incapacité des intellectuels médiatiques ou personnalités politiques à prendre acte de la diversité des revendications et des voix (comme dans le cas du « non » au TCE). Niant ainsi la pluralité, et donc « les citoyens », « les manifestants », le singulier crée l’effet d’une masse informe, bruyante, vulgaire, dangereuse (et qui rappelle les foules fanatisées par le fascisme ou le nazisme) à la pensée appauvrie, capable seulement d’émotions (ce dont atteste aussi le terme de « colère » : des enseignants, des syndicats, etc.) et non de raison. A ce sujet, lire « L’opinion et ceux qui la font », in Le racisme républicain, Pierre Tévanian, éd. Esprit Frappeur, 2002, p. 15.

[5] Ainsi, Thierry Breton en appelait-il, le 27 mars 2007, les grévistes du Port Autonome de Marseille à la « responsabilité, en particulier des partenaires sociaux ». Il ajoutait : « Il est temps maintenant que tout le monde revienne à la raison et que le travail reprenne le plus vite possible ». Sous-entendu : la grève est irresponsable ; elle est due à des syndicalistes déraisonnables.

[6] Jacques Rancière, La haine de la démocratie, La Fabrique, 2005. Sur « l’animalisation » des révoltes populaires, cf. aussi Collectif Les mots sont importants, Écrire contre la canaille, et Sylvie Tissot, Retour sur une émeute.

[7] Ou le pluriel erroné : « les cérémonies battent leur plein »…

[8] Cf. la désopilante parodie réalisée par PLPL : « Grand jeu interactif : L’éditorial dont tu es le héros », Almanach critique des médias, Éditions Les Arènes, 2005, pp. 68-69

[9] LQR, La propagande du quotidien, éd. Liber/Raisons d’Agir, 2006.

[10] Sur l’apprentissage du simplisme dans les écoles de journalisme, cf. François Ruffin, Les petits solats du journalisme, Editions les Arènes, 2003

[11] On peut probablement parler d’« intériorisation » des expressions toutes faites et des lieux communs de représentation de la part des journalistes eux-mêmes, qui agissent ainsi en vecteurs de propagation de cette « novlangue » médiatique.

[12] La décennie. Le grand cauchemar des années 80, François Cusset, éd. La Découverte, 2006.

[13] Reçu dans l’émission de Daniel Schneidermann peu après le Non au référendum, l’un des plus vifs zélateurs du oui, Bernard Guetta (Europe 1), lorsqu’on lui reprochait d’avoir versé dans l’idéologie, répondait naïvement mais convaincu : « Mais l’idéologie, c’est Staline, c’est Hitler ».

[14] François Cusset, ibid.. Cf. aussi Pierre Tevanian et Sylvie Tissot, « Courage », Dictionnaire de la lepénisation des esprits, Editions l’Esprit frappeur, 2002.

[15] Un moralisme qui reste, au demeurant, à l’abstrait et à la défense lyrique de principes divers : antiracisme consensuel et détaché de considérations sociales, économiques et politiques ; « universalisme » et son corollaire de mots ronflants (tolérance, laïcité, ouverture) ; « libertés » d’expression et de la presse ; etc.

[16] C’est précisément ce que Jean-Marie Le Pen a réussi à faire, par tout un réseau d’expressions et de mots forts, imposant durablement son imaginaire à une large partie du monde politique et de la société. Faute d’autres imaginaires politiques forts, sans doute, celui de Le Pen a en effet fini par être phagocyté par la pensée dominante. Lire à ce sujet Dictionnaire de la lepénisation des esprits, Pierre Tevanian et Sylvie Tissot, éd. L’Esprit Frappeur, 2002.

[17] Ne parle-t-on pas d’« offre » politique comme on parle d’offre commerciale ? N’existe-t-il pas des conseillers politiques chargés d’étude de l’électorat comme il en existe dans la communication marchande ? Ne sonde-t-on pas les électeurs comme on sonde un marché ? Ne parle-t-on d’ailleurs pas de « marché électoral » ? Lire à ce sujet La politique n’est pas une marchandise, de Laurent Lévy, sur le site Les mots sont importants (LMSI.net).