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Qui suis-je ?

Le Collectif Les mots sont importants vous offre un jeu éducatif

par Soeur X
10 septembre 2012

Le jeu consiste à reconnaître le plus tôt possible, au fil de ce texte qui égrène des indices de plus en plus évidents, quelle Invitée Mystère se cache derrière le mystérieux sobriquet de Soeur X. Il est recommandé de ne pas cliquer trop vite les liens, sinon vous aurez la réponse tout de suite.

Je suis une femme, assez grande, assez mince, assez jeune. De visage, je ressemble à Jacques Toubon, mais avec des cheveux blonds. Ma coupe de cheveux, c’est, en gros, n’importe quoi. Mon style vestimentaire est, disons, particulier. Je ne mets pas de photo sinon vous allez me reconnaître, mais disons que j’ai une prédilection pour les chemises bleu UMP, violet fluo ou marron caca, avec un grand col. Des fois je me la joue Haute Couture Déconstruite (à la Miyake, Watanabe ou Kawakubo, tu vois ?) et je porte des gilets pare-balles.

La Marseillaise me fait vibrer. Le droit de vote des étrangers, moins. J’aime pas trop les Grecs non plus. Ni les Belges.

Mais ce que je déteste c’est surtout : l’autobus, la forêt, les petit-fils d’Hassan El Banna et les femmes qui montrent pas leurs cheveux.

Je défends très vigoureusement la liberté de penser comme moi.

J’ai récemment reçu un trophée qui m’a pas fait plaisir. J’avais déjà reçu un autre trophée il y a six ans, celui-là il m’avait fait très plaisir, c’était Jean-Louis Debré qui me l’avait remis. C’est un pote.

J’ai d’autres potes. Un de mes potes, il est philosophe à la télé et il sauve les gens dans le monde.

Des fois il va en Amérique et il parle en anglais.

Un autre pote, il est chef de la radio.

D’ailleurs j’aime bien passer à la radio, mais j’aime pas que ça dans la vie. J’aime aussi passer à la télé.

Parfois, avec mon pote philosophe qui sauve les gens et mon pote chef de la radio, on se réunit, on se fait une bouffe. D’autres fois on se fait un manifeste, pour la liberté de penser comme nous, et contre la liberté de penser comme les petits-fils de Hassan El Banna - ou contre la liberté de penser comme les femmes qui veulent pas montrer leurs cheveux (ou contre la liberté de penser des gens qui défendent la liberté de penser des femmes qui veulent pas montrer leurs cheveux).

En fait, en résumé, on fait des manifestes pour la liberté de penser qu’il faut pas être pour la liberté de penser pas comme nous. C’est-à-dire qu’on fait des manifestes contre le totalitarisme islamique. Mon pote le philosophe qui sauve les gens, il appelle ça aussi le fascislamisme.

Je déteste le fascislamisme. Il m’insupporte. Je l’exècre. Je le vomis. Je combats ses féroces soldats (oh, mon Dieu, je vais vibrer) qui viennent jusque dans nos bras (je vibre) égorger nos moutons et voiler nos compagnes (ça y est j’ai vibré). Je combats surtout ce féroce soldat-là :

Cela dit, j’ai plein de potes musulmans. J’ai aussi, il est vrai, plein de pas potes musulmans - beaucoup plus plein en fait. Pour vous expliquer, voilà : les pas potes c’est les musulmans pas modérés tandis que les potes c’est les musulmans modérés, c’est-à-dire ceux qui savent séparer le spirituel et le temporel, la sphère privée et la sphère publique, les serviettes et les torchons, les beurettes cool et les pas cool qui montrent pas leurs cheveux.

En d’autres termes, les musulmans modérés qui sont mes potes sont ceux qui savent mettre du vin dans leur eau, et qui manifestent ostensiblement leur appartenance à l’Islam modéré qui sait bien séparer les beurettes cool et les pas cool qui montrent pas leurs cheveux.

En ce moment j’ai vraiment la rage, parce qu’il y a des gens qui veulent acheter un ticket de bus à d’autres gens pour que ces gens (les autres gens) me kidnappent et me transportent en forêt (alors qu’ils savent que j’aime pas, déjà), et en plus, une fois en forêt, ils veulent me baillonner et me lapider. Franchement c’est abusé, c’est pas laïque de me faire ça, donc c’est pas laïque non plus de payer des tickets de bus aux gens qui veulent me faire ça.

Heureusement ma compagne fait du judo, elle a la ceinture noire, donc elle me défend contre ces gens - qui s’appelaient au début les RIRB (Réseaux Indigéno-Ramadano-Bonifaciens) mais qui vont bientôt se fédérer au sein de l’UOIATB/FBL (Union des Organisations Islamiques pour l’Achat de Tickets de Bus / afin de m’emmener en Forêt pour me Baillonner et me Lapider). De mon côté, je pratique le lancer de jus d’orange.

Je possède une cabane au Canada, et j’irai m’y réfugier, comme des gens que je connais, le jour où le judo, le lancer de jus d’orange et l’intégration républicaine ne suffiront plus pour assurer ma sécurité.

Mon prénom commence par un C.

Mon nom de famille est composé : la première partie commence par un Y et la deuxième par un F. Blasphémer ce nom est interdit par la Liberté d’Expression.

Qui suis-je ?

P.-S.